10 compagnons ouverture
J ’ avais été enthousiasmé par les récits d ’ itinérants ayant fait ce choix . J ’ avais envie de grandir grâce à de nombreuses expériences fortes dès maintenant , car on peut plus aisément se le permettre à notre âge . J ’ ai toujours détesté la facilité et je voulais me prouver que j ’ étais capable de me dépasser pour aller , par la suite , encore plus loin . L ’ étape internationale était ainsi la fenêtre pour mettre à exécution cette envie ; plus tard , j ’ aurai mon travail de Réception à réaliser .
Si depuis quelques années je randonne et bivouaque , je ne suis pas du tout cycliste à la base . Cheminer à pied m ’ aurait plu , mais le vélo permet d ’ aller bien plus loin à l ’ aventure ! J ’ ai choisi de faire route vers le nord pour éviter les canicules estivales . Je voulais partir de Berlin pour effectuer symboliquement une boucle en passant par le cap Nord ( Nordkapp en norvégien ), soit le point le plus au nord de l ’ Europe .
Mi-juin , j ’ étais prêt et je bricolais juste encore quelques détails sur mon vélo . Malheureusement , lors de mon dernier jour de travail , alors que j ’ utilisais une guillotine ( l ’ esprit déjà sur mon vélo ), je me suis coupé environ 4 mm sur le bout de deux doigts … Quelle catastrophe , alors que mon planning était ficelé ! Je devais rendre visite en voiture à toute ma famille aux quatre coins de la France ( et en profiter pour ramener toutes mes
Traversée du centre de Gdansk . affaires !), avant de retourner à Berlin afin de débuter mon périple début juillet . J ’ y suis quand même allé avec mes doigts sectionnés puis , de retour à Berlin , je me suis rendu chez un spécialiste qui m ’ a briefé et fourni le matériel destiné aux soins journaliers .
J ’ AVAIS ENVIE DE GRANDIR GRÂCE À DE NOMBREUSES EXPÉRIENCES FORTES DÈS MAINTENANT , CAR ON PEUT PLUS AISÉMENT SE LE PERMETTRE À NOTRE ÂGE . J ’ AI TOUJOURS DÉTESTÉ LA FACILITÉ ET JE VOULAIS ME PROUVER QUE J ’ ÉTAIS CAPABLE DE ME DÉPASSER POUR ALLER , PAR LA SUITE , ENCORE PLUS LOIN .
À LA RENCONTRE DES POPULATIONS LOCALES Mon équipement se limitait au strict minimum pour être à l ’ abri : outre mon vélo , j ’ avais un sac de couchage , un tapis de sol , une tente , un réchaud et mes cartes . Je me suis aussi équipé au fur et à mesure des conseils échangés avec des cyclistes croisés sur le chemin . J ' ai minimisé sciemment l ' organisation pour laisser place à l ' improvisation . J ’ ai suivi un tracé d ’ Eurovélo , un réseau de 17 itinéraires véloroutes de longue distance traversant l ' Europe . Les pays de mon itinéraire ont été dans l ’ ordre : la Pologne , la Lituanie , la Lettonie , puis l ’ Estonie , où j ’ ai pris le ferry pour la Finlande afin de rejoindre la Norvège via la Laponie . Arrivé à cap Nord , j ’ ai pris le bateau qui , en longeant les fjords , m ’ a mené aux îles Lofoten en Suède , d ’ où je suis reparti en Norvège .
Au début de mon voyage , j ’ ai d ’ abord séjourné avec ma copine qui m ’ accompagnait à vélo en Pologne . Là-bas , à la campagne , les gens étant plutôt introvertis , les échanges étaient laborieux . Nous faisions donc attention à ne pas dormir n ’ importe où . Par la suite , même si je me suis arrêté parfois dans des campings pour me doucher , j ’ ai souvent opté pour le camping sauvage . Rouler sans savoir où l ’ on dort le soir est excitant . Je n ’ ai jamais craint pour ma sécurité . Les plus grands risques étaient dus à la circulation , puisque 95 % de mon parcours se confondait avec les routes automobiles . Nous avions prévu de voyager les dix premiers jours ensemble , mais à la suite de fortes douleurs au genou , elle a dû abréger son parcours un peu plus tôt . Pour ma part , j ’ ai eu de la chance , mon corps a tenu le choc . En revanche , mon vélo a eu besoin de plusieurs réparations à diverses étapes de mon voyage : j ’ ai changé le câble de frein , une roue et le support de bagages . J ’ ai beaucoup roulé dans les campagnes des pays traversés , tout comme dans les capitales . J ’ ai pris le temps de visiter et de manger toutes les spécialités locales possibles . J ' étais tellement décomplexé que j ' allais au contact des habitants dès que l ’ occasion se présentait . Un simple sourire me donnait le feu vert .
J ’ étais au fin fond d ’ une forêt en Lettonie , quand je me suis aperçu que le bout de mes doigts , au lieu de cicatriser commençaient à s ’ infecter , malgré mes soins consciencieux . J ’ ai eu un petit « coup de chaud », car je ne trouvais aucun médecin sur place susceptible de m ’ aider . J ’ ai alors foncé à Riga et fini par en trouver un qui m ’ a prodigué les soins nécessaires .
EN ACTION TOUT DU LONG Mon emploi du temps était peu varié : manger , ranger , rouler , monter , manger et dormir . J ’ avais beaucoup de kilomètres
# 323 / Novembre 2022