16 compagnons découverte
DE L ’ OREILLE et du doigté
L ’ atelier parisien de quelques mètres carrés de Jean-Michel Desplanche est situé au rez-de-chaussée d ’ un immeuble haussmannien . En y entrant , le regard est attiré par un panneau mural qui supporte toutes sortes d ’ outils à main de petite taille . Des étagères sont installées sur trois des murs et supportent des débits de bois sur quartier d ’ une soixantaine de centimètres , ainsi que d ’ innombrables boîtes et flacons . À gauche de la grande fenêtre - qui tient lieu de vitrine sur la rue - , sont suspendus une dizaine de violons et d ’ altos anciens , probablement en attente d ’ un acquéreur . En dessous , une crédence sur laquelle reposent des pièces en cours de taillage : quatre tables d ’ harmonie en épicéa et cinq manches en érable , dont la tête se termine par une élégante volute sculptée . C ’ est à droite de la fenêtre , accolé au mur , qu ’ un long établi étroit est installé : on devine que c ’ est là , sur cette surface réduite , que l ’ homme de l ’ art exerce son savoir-faire .
L ' artisan qui œuvre là est « luthier du quatuor ». En Europe , à partir du xvi e siècle , le luth est devenu l ’ instrument de musique le plus répandu : par extension , les artisans qui élaboraient des instruments à cordes ont pris le nom de luthiers . Depuis , ils se sont spécialisés selon les instruments qu ’ ils produisent . Le luthier du quatuor est celui qui fabrique , répare et entretient les instruments du traditionnel quatuor de musique de chambre constitué de trois instruments : deux violons , un alto et un violoncelle . La contrebasse , en raison de ses dimensions imposantes , est l ’ affaire de luthiers spécialisés , car elle requiert un espace important et des outillages spécifiques . En lutherie , l ’ acquisition des savoir-faire s ’ est toujours faite par un apprentissage et un perfectionnement auprès de plusieurs artisans consécutifs . Les luthiers demeurent assez peu nombreux et leur implantation sur tout le territoire et à l ’ étranger entraîne celui qui veut vivre de ce métier à une mobilité professionnelle .
À L ’ ÉCOUTE DES MUSICIENS Jean-Michel Desplanche a commencé son apprentissage dans les années 1970 à Mirecourt ( Vosges ), haut lieu de la lutherie française depuis la Renaissance .
Pose de « doublures » sur une table d ' harmonie ( en épicéa ).
Entre autres ateliers de lutherie , il a travaillé une quinzaine d ’ années chez Étienne Vatelot , luthier de renommée internationale , avant de s ’ établir à son compte dans le quartier de l ’ Europe ( 8 e arrondissement ), quartier traditionnel des luthiers et facteurs parisiens , parce que c ’ est là que le conservatoire national de musique était implanté .
Comme beaucoup de ses confrères , Jean-Michel voit son temps de travail partagé entre l ’ élaboration d ’ instruments neufs , la restauration , la réparation et le réglage d ’ instruments anciens . Le réglage consiste principalement à déplacer l ’ âme , sorte de cheville qui , en reliant la table d ’ harmonie et le fond , donne au violon sa personnalité sonore . C ’ est une
# 322 / Octobre 2022