Compagnons_321_web | Page 7

dépassement compagnons 7 passé . Ces horaires lourds ayant eu des conséquences sur mon hygiène de vie , cela m ’ avait lessivé et je ne voulais pas revivre cette situation .
J ’ ai choisi un projet de Sainte-Catherine plus simple à mes yeux , car de toute petite taille . Finalement , il s ’ est avéré bien plus complexe que ce que j ’ imaginais : plus c ’ est petit , plus c ’ est dur à former en chaudronnerie !
J ’ avais des connaissances du travail du cuivre puisque cela fait partie de notre progression d ’ itinérant tout au long de notre Tour de France , pour préserver le savoir-faire des dinandiers ; de plus , tous les ans pour la fête de la Sainte-Catherine , nous devons réaliser un lot dans ce matériau . Si j ’ aime bien travailler le cuivre de temps à autre , « un petit peu » me suffit comme qui dirait !
Mon parrain de Saint-Jean avait commandé sur Internet un vase en plastique fabriqué en impression 3D , signé d ’ un designer autrichien , Denis Pollus , qui fait de la conception paramétrique ( c ’ està-dire qu ’ il recrée des surfaces grâce à des logiciels comme Grasshopper ou Rhinoceros ). Je me suis inspiré de cet objet , dont l ’ esthétique organique me plaisait beaucoup . Je désirais le réaliser de manière très industrielle , car mes goûts me portent vers cela . Cela paraissait être un bon sujet de recherche à mon parrain de Saint-Jean , mais les autres anciens n ' étaient pas tous du même avis . J ’ ai donc opté pour une horloge en forme de goutte de ce même designer , que j ’ ai détournée de sa fonction initiale pour en faire un récipient .
Désirant être fidèle au parti pris du designer et me dépasser , j ’ ai tout remodélisé en 3D à l ’ échelle 1 en partant des dimensions réelles de l ’ objet original . Je me suis aussi créé des outils passifs qu ’ on utilise pour rétreindre la feuille de cuivre . J ’ ai eu recours à des méthodes très contemporaines : par exemple j ’ ai empilé des morceaux de tôle que j ’ ai découpés sur une machine laser . Je suis parti d ’ un disque que j ’ ai rétreint au marteau au fur et à mesure . Le cuivre ne pardonne pas : on peut être bon lors du formage , mais on peut abîmer sa pièce au moment de la finition par exemple . La grosse difficulté résidait dans la forme du vase et ses trois morceaux de cuivre : si je rétreignais entièrement le cuivre sur la forme , l ’ outil était enfermé dedans . J ’ ai ainsi conçu des outils plus petits répondant à mes contraintes . Quand j ’ ai eu à faire face à une avarie - une soudure a rompu - , je n ’ ai pas paniqué : j ’ ai réparé la grosse fissure due au décalage de deux plaques avec un « pansement ». Le plus compliqué a été d ’ opter pour la meilleure solution possible alors que les avis des anciens divergeaient ...
Une fois la forme finie , certaines zones n ’ étaient plus accessibles : j ’ ai donc dû réaliser la finition du haut de l ’ objet avant celle du bas . Une petite rayure et ça aurait été terminé ! Mais rien à voir avec mon stress lors de la fabrication de ma pièce Saint-Jean si coûteuse , puisque mon vase ne représentait que 80 € de cuivre ; ce qui ne veut pas dire que je n ’ ai pas pris soin de celui-ci . En parallèle du travail en atelier , j ’ ai préparé un dossier industriel qui devait comprendre un dessin artistique à main levée , que j ’ ai eu un mal fou à faire .
Fier des deux pièces Le Compagnon Bourgeois , mon parrain de Réception Sainte-Catherine , maître de stage à Dijon , m ’ a beaucoup encouragé , tout comme les sédentaires sur place . Pour des conseils techniques , je me suis tourné vers le Compagnon Toffolo , mon parrain de Saint-Jean , pour sa grande expérience dans le cuivre : il a tout de même restauré l ’ archange du mont Saint-Michel ! Mon vase est maintenant exposé à la maison de Dijon . Je suis fier de mes deux pièces de Réception - et bien content de ne plus les avoir sous les yeux ! – mais , sans hésitation , j ’ ai préféré réaliser mon travail de Saint-Jean , la facette artistique de mon métier ne m ’ attirant guère . Ces deux pièces m ’ ont permis de créer des liens particuliers avec les Compagnons Toffolo , Percheron et Bourgeois , dont je suis toujours heureux d ’ avoir des nouvelles .
La Réception implique un travail sur soi-même , qui m ’ a fait évoluer aussi bien professionnellement qu ’ humainement . Prochaine étape de mon parcours : une entrée en école d ’ ingénieurs à la rentrée 2023 ! Depuis longtemps , j ’ ai envie de me spécialiser dans l ’ usine 4.0 et les machines numériques , or , outre des échanges avec des Compagnons chaudronniers ayant cette expérience , le bagage de la Réception m ’ a conforté dans ce choix . Mon conseil aux Aspirants hésitant à se lancer dans la Réception ? S ’ ils pensent être bien entourés lors d ’ une étape de leur Tour , qu ’ ils foncent !
BAPTISTE GIRET , PÉRIGORD LA SAGESSE Moi qui ai toujours été passionné par la science , j ’ aime appréhender la transformation du métal . Bricoleur depuis mon enfance , je soudais - et forgeais même - souvent avec mon père . En formation de BTS Conception et réalisation de chaudronnerie industrielle , j ’ ai pu constater mes lacunes lors d ’ un stage dans une entreprise de chaudronnerie . En BTS , on nous forme pour travailler en bureau d ’ études , or , j ’ avais envie d ’ appréhender mon métier de A à Z . Cela m ’ a donné envie de partir sur le Tour de France . Après avoir été adopté à La Rochelle , j ’ ai fait étape à Auxerre , puis Angers . Ce sont les Compagnons de cette ville qui ont estimé que j ’ avais le niveau ( et l ’ âge ) pour me lancer dans la Réception lors de ma prochaine étape : ils ont donc envoyé un courrier aux anciens de Lyon leur indiquant que j ’ étais prêt . Si cela n ’ avait tenu qu ’ à moi , j ’ aurais continué à tourner ; ils ont bien fait de me bousculer un peu !
Un sujet hors du commun Ma plus grosse difficulté a été de trouver un sujet de travail . Je dois admettre que mes premières idées nées à Angers n ’ étaient pas bonnes . J ’ avais pensé notamment à la réplique d ’ une centrale à fusion nucléaire , mais les anciens ont estimé que cela ne serait pas représentatif du métier . Cela a été une déception , car j ’ avais passé beaucoup de temps sur sa conception .
J ’ ai bien mis trois mois à déterminer un sujet . Brassant de la bière chez moi - une vraie passion ! - , j ’ avais ramené des bières à des itinérants . Artésien Vanexem , formateur chaudronnier à Lyon , m ’ a alors suggéré de fabriquer une microbrasserie ! J ’ ai d ’ abord douté , parce que cela me paraissait trop compliqué , alors que les anciens ont tout de suite été partants quand je leur ai proposé cette piste . J ’ avais déjà été impliqué dans des projets un peu similaires en entreprise , mais pas de bout en bout comme cela allait être le cas .
Après des recherches tout le mois août sur les réactions chimiques nécessaires à la fabrication de bière , j ’ ai été mis en chantier en septembre 2021 . J ’ ai alors débuté la conception sur ordinateur avec le logiciel SolidWorks et j ’ ai aussi préparé en amont des fichiers AutoCAD pour les fournisseurs qui allaient découper les tôles au laser , sur lesquelles les commerciaux m ’ ont bien conseillé .
# 321 / Septembre 2022