12 compagnons transmission
RENCONTRE avec les outils à main
Depuis 12 ans , Christian Apremont , Christian l ’ Angevin , Compagnon menuisier sédentaire , propose aux itinérants menuisiers et ébénistes de la région Île-de-France un stage pour découvrir les outils à main . La centaine d ’ outils présentés ne sont , pour la plupart , plus utilisés aujourd ’ hui . Angevin - désireux de faire connaître aux jeunes l ’ histoire de leur métier et de faire vivre sa collection d ’ outils - permet aux participants de découvrir de nouvelles sensations au contact de la matière que les machines contemporaines ne peuvent procurer . Vosgienne et Gâtinais reviennent sur les enseignements de cette journée .
L e 17 juillet 2021 , une journée a été organisée par Angevin afin de faire connaître les outils à main à une quinzaine de jeunes menuisiers et ébénistes de Paris , Versailles , Épône , Pantin et Champs-sur-Marne . Cette journée s ’ est déroulée en deux parties dans l ’ atelier des tailleurs de pierre de Champs-sur- Marne : le matin , des outils nous ont été présentés et l ’ après-midi , nous avons eu l ’ opportunité de les tester sur des pièces de bois .
PRATIQUE ET ENSEIGNEMENTS Durant cette matinée , nous avons attribué à chaque outil un établi , de manière à ce que chacun puisse les utiliser sans gêner les autres . Après la disposition du matériel , l ’ ancien a commencé par nous expliquer l ’ utilité du passe-partout : cette scie avec des poignées à chaque extrémité était utilisée , avant le xxi e siècle , pour couper des grumes , des billes de bois , mais également pour débiter de grosses pièces . Nous avons pu la tester sur un billot de châtaignier , posé sur un chevalet de bûcheron en forme de croix de saint André . En coordonnant nos mouvements , nous avons réussi à couper quelques rondelles .
Ensuite , nous avons écouté deux histoires choisies par l ’ ancien : celle de l ’ établi et celle du métier . La première a été lue par un pays et illustrée par les mimes de l ’ ancien . La seconde , contée également par un jeune , exposait la passion que l ’ on peut éprouver pour son métier . De ces histoires , l ’ ancien nous a invité à retenir une phrase : « Ne soyez pas des ouvriers , mais soyez des œuvriers ».
Puis , il nous a expliqué comment , par le passé , l ’ on confectionnait des tiroirs avec les queues d ’ aronde 1 , ainsi que la mise à molet 2 sur le fond de tiroir . Il nous a aussi dit pourquoi selon lui il faut travailler en partant toujours du haut à gauche . En effet , si nous analysons notre pratique , que ce soit celle du menuisier ou celle de l ’ ébéniste , nous travaillons toujours avec le haut à gauche : pour les plans sur règle , nous mettons l ’ élévation en haut à gauche ; lorsque l ’ on débite nos pièces de bois massif , que l ’ on trace des battants et des montants , on y retrouve le haut à gauche ; sur nos dessins , la représentation des ouvrages s ’ effectue en plaçant la lumière à gauche ; lors du montage de nos pièces , nous devons placer aussi le haut de l ’ ouvrage à gauche …
Angevin nous a ensuite enseigné , à travers son cours intitulé « Le cœur du bois dans l ’ ouvrage », où il fallait placer ce cœur .
Il se place en tenant compte de certains critères : les défauts , la déformation due au temps qui passe et à la météorologie . Pourquoi faire attention au placement du cœur dans un ouvrage ? Tout simplement parce que le bois travaille , autrement dit il subit les évolutions hygrométriques de l ’ air et varie dimensionnellement : c ’ est pourquoi il faut diminuer au maximum les déformations pour assurer la pérennité de la pièce . Cela commence par le débit : il faut bien choisir l ’ emplacement de ses montants ainsi que de ses traverses . On sait que le bois « tire à cœur », donc il faut contraindre cette déformation : pour
# 321 / Septembre 2022