20 compagnons expérience
Vue des cages métalliques protégeant les statues de l ' Arc .
Levage des différentes parties des cages métalliques protégeant les statues de l ' Arc .
Fixation du raccord des bâches entre celles des façades et des dessous de l ' Arc .
Désireux de me perfectionner dans ces spécialités , j ’ avais fait mon choix de ville avec l ’ espoir de rejoindre cette société en particulier . Celle-ci a été appelée en renfort par l ’ entreprise Les Charpentiers de Paris qui avait obtenu le marché de l ’ empaquetage de l ’ Arc de Triomphe . Ce chantier nécessitait effectivement beaucoup de main-d ’ œuvre , puisqu ’ il devait se dérouler de jour comme de nuit : il fallait donc assurer un roulement des équipes . En journée , une vingtaine d ’ ouvriers y travaillaient et la nuit une quinzaine , sachant que le montage a impliqué davantage de personnes que le démontage . Effectivement , le premier nécessite des réglages qui ralentissent l ’ avancement du travail . Un Aspirant charpentier , un Compagnon sédentaire - qui travaillent avec moi à Paris Charpente - et moi-même avons ainsi été envoyés sur le chantier . Nous avons vite compris une fois sur place que cela ne ressemblerait en rien à ce que nous avions pu faire jusqu ’ ici .
DES MOYENS COLOSSAUX En juillet , lors du montage , nous avons posé dans un premier temps des lests , grâce à des manitous et des élingues - 156 lingots d ’ acier pur venant d ’ une aciérie du Nord , qui faisaient 1,5 m de long pour 1,5 m de large et qui représentaient 900 kilos chacun - sur les bancs en pierre encerclant les quatre piliers de l ’ Arc de Triomphe . Sur ces lests , des tasseaux de bois contreplaqué ont été placés en guise de protection . Ces derniers avaient une
entaille accueillant une barre métallique et le tout était maintenu avec des sangles . Ainsi , tout était solidaire pour venir tendre les bâches en plastique plissé - elles-mêmes extrêmement lourdes - à la base de l ’ Arc .
LES MOYENS DÉPLOYÉS ÉTAIENT VRAIMENT IMPORTANTS : NOUS AVONS UTILISÉ DES NACELLES PILOTÉES PAR DES NACELLISTES POUVANT MONTER JUSQU ’ À 75 M ! LES GRUTIERS ÉTAIENT EUX AUSSI TRÈS PERFORMANTS ; CELA A ÉTÉ UNE CHANCE DE COLLABORER AVEC EUX .
Je n ’ avais jamais vu un tel système par le passé . D ’ habitude , on fixe les bâches dans les maçonneries , ce qui , bien sûr , n ’ était pas du tout envisageable sur cet édifice . En clair , pour supporter les efforts d ’ arrachement dûs au vent , il a fallu compter sur le contrepoids d ’ une masse énorme .
Par la suite , des cages de protection en acier préfabriquées ont été posées autour des quatre grands ensembles de statues de la façade de l ’ Arc de Triomphe orientées vers l ’ avenue des Champs-Élysées et celle de la Grande-Armée . Une grosse grue , comportant des nacelles de chaque côté avec
des ouvriers équipés de talkies-walkies permettant d ’ orienter le grutier , a monté les éléments . Ces ossatures de protection qui ceinturaient les statues faisaient à peu près 2,5 m de hauteur et il y en avait une petite dizaine sur la hauteur . Si en termes de technicité , le chantier n ’ était pas très exigeant , il fallait en revanche maîtriser l ’ art du levage pour protéger le bâtiment et les ouvriers . Un jeune non-expérimenté n ’ aurait pas pu y participer , car le levage s ’ est avéré délicat , voire dangereux .
Après avoir côtoyé des levageurs en juillet - ce qui n ’ était pas une première pour moi - , en septembre , nous avons travaillé avec des cordistes venus pour attacher les bâches avec les cordes rouges . Nous avons aussi eu l ’ opportunité de travailler avec les artistes . En effet , de leur vivant , Christo et Jeanne-Claude travaillaient avec plusieurs collaborateurs au sein de leur fondation ; les personnes rencontrées sur le chantier étaient de ceux-là . Le maître d ’ œuvre présent tous les jours sur le chantier était le neveu de Christo , Vladimir Yavachev . Ils nous ont guidés lors du fixage des bâches pour arriver au rendu final . Ils avaient une certaine idée de la manière selon laquelle elles devaient être drapées . Ils ne se sont pas montrés spécialement exigeants , mais nous avons eu des difficultés à échanger , car ils étaient Allemands et ne parlaient qu ’ anglais avec nous . Quand nous étions dans la nacelle , nous étions obligés d ’ échanger par gestes , les talkies-walkies étant inutiles .
# 314 / Janvier 2022