ouverture compagnons 13
LA CHANCE d ’ une nouvelle vie
Avoir des perspectives d ’ avenir pour les jeunes migrants arrivés en France repose en grande partie sur leur employabilité . Pour cela , la voie la plus directe est la formation . C ’ est cette opportunité qui a été offerte à un groupe de onze jeunes hommes durant une année : sur le mode de l ’ alternance ils se sont formés à la couverture au CFA des Compagnons du Devoir de La Rochelle . Si cette initiative a été couronnée de succès , elle a demandé un engagement constant aux équipes les ayant encadrés et aux entreprises les ayant accueillis . Jean Lemartinel , Jean le Languedoc , Compagnon ébéniste et conseiller en formation , revient sur ces mois de mobilisation .
E n février 2020 , Jim Struzyk , le délégué régional de Nouvelle- Aquitaine , a rencontré Pierre Coumes , un collaborateur d ’ Habitat & Humanisme , une association qui s ’ occupe d ’ hébergement et d ’ insertion pour des personnes en situation très précaire . L ’ idée de Pierre était de faire venir des migrants installés à Paris pour les former en province . En l ’ état , ils n ’ avaient aucune chance de trouver du travail . Nous , Compagnons du Devoir , devions trouver les entreprises qui les emploieraient , tandis qu ’ Habitat & Humanisme se chargerait de leur trouver des logements . Quand j ’ étais prévôt , j ’ avais déjà accueilli des réfugiés à la maison de La Rochelle pour les former . Rôdé sur le sujet , je connaissais très bien les difficultés relatives à ce type de profil .
Il s ’ agissait de trouver des employeurs pour onze jeunes , les intégrer dans des dispositifs d ’ enseignement du français , mais aussi de les accompagner . Sachant que les besoins en main-d ’ œuvre sont très forts dans le domaine de la couverture - les entreprises de la région ne cessaient de me réclamer des apprentis - , j ’ ai proposé de former le groupe à ce métier . Nos deux associations ont ainsi essayé de faire coïncider leurs problématiques respectives . J ’ ai demandé à Pierre que les jeunes envoyés aient une
Le groupe de réfugiés avec leur formateur ( photo prise avant mars 2020 lors de leur entrée en formation ).
compréhension acceptable du français oral ; l ’ écrit n ’ étant pas primordial . Il était également impératif qu ’ ils sachent en quoi consiste le métier de couvreur et aient l ’ envie de l ’ exercer . Pierre le leur a donc présenté au préalable à Paris en forçant , à ma demande , le trait sur sa pénibilité . Il fallait se donner d ’ emblée toutes les chances pour que le projet aboutisse ! Si nous échouions , ce serait autant d ’ entreprises qui ne seraient plus enclines à se lancer dans une telle aventure … Sur une soixantaine de migrants ayant assisté à la présentation , onze se sont , au final , montrés intéressés .
AU-DELÀ DES PRÉJUGÉS J ’ étais parfaitement conscient que nous allions nous heurter à des a priori dès le lancement du projet . Néanmoins , la clé d ’ entrée de ces jeunes dans l ’ emploi était le manque criant de main-d ’ œuvre des entreprises de couverture : leurs patrons se laisseraient plus facilement convaincre d ’ engager un jeune parlant mal français . Je suis allé rencontrer ceux que je connaissais bien , grâce à mes quatre ans en tant que prévôt à La Rochelle et autant de temps comme conseiller en formation . J ’ ai été franc avec eux sur les difficultés à venir : nous allions sortir des sentiers
# 311 / Octobre 2021