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Vue depuis le Grand Colombier , aux portes du Jura .

UN VOYAGE en soi

Après une année de formation au métier de frigoriste , Florent Delacroix , Breton le Bien Décidé , se sentait dans le doute et en perte de confiance en ses capacités . Éprouvant le besoin d ’ une coupure radicale propice à la réflexion , Breton a décidé d ’ effectuer son changement de ville à pied . De Lyon à Lille , ce périple lui a apporté les réponses qu ’ il espérait . Récit .

I l y a un an , quasiment jour pour jour , j ’ ai fait mon changement de ville à pied . Marcher était alors pour moi un besoin . J ’ étais arrivé à un carrefour dans mon existence où il me fallait confirmer ou non les choix effectués jusque-là . L ’ année précédente , j ’ avais séjourné en Nouvelle-Zélande et en Bolivie dans le cadre de mon étape internationale , expérience qui a complètement changé ma vie !

DES SÉJOURS DÉSTABILISANTS En Nouvelle-Zélande , j ’ ai dû me battre sans arrêt pour trouver du travail qualifié en tant que plombier-chauffagiste et pour apprendre la langue . Là-bas , ils ont tellement de main-d ’ œuvre disponible qu ’ il faut se distinguer . J ’ ai été obligé de trouver des solutions . L ’ opulence de la Nouvelle-Zélande ne correspondait pas de toute façon à ce que je recherchais alors . Je l ’ ai donc quittée au bout de sept mois pour la Bolivie , pays que j ’ ai adoré . En Bolivie aussi , rien n ’ a été facile . J ’ ai été envoyé comme volontaire par une association parisienne nommée Apapaya dans un village où je faisais ce que je pouvais avec ce que j ’ avais . Logé dans une petite maison dans la campagne reculée , sans électricité ni eau courante , je faisais des rénovations le matin et m ’ occupais
MON RETOUR EN FRANCE A ÉTÉ UN VRAI CHOC : JE SUIS REVENU AVEC LE SENTIMENT QUE RIEN NE M ’ ÉTAIT IMPOSSIBLE ET QUE JE POUVAIS TOUT RÉALISER SEUL .
d ’ un centre aéré l ’ après-midi . Pendant ces quatre mois sur place , j ’ ai vécu sur l ’ argent économisé en Nouvelle-Zélande . Si la Bolivie m ’ a énormément plu , cette expérience a remis en question nombre de mes certitudes ; mon sens des priorités en a été complètement modifié .
J ’ ai compris pourquoi je faisais certains choix . Être davantage seul m ’ a aussi appris à m ’ écouter .
Mon retour en France a été un vrai choc : je suis revenu avec le sentiment que rien ne m ’ était impossible et que je pouvais tout réaliser seul . J ’ avais l ’ impression d ’ être capable d ’ une totale autonomie : du coup , en voulant court-circuiter des gens , j ’ en ai vexé plus d ’ un . J ’ avais tort , j ’ étais alors très égoïste . Si tout se passait bien avec les itinérants , j ’ ai donné du fil à retordre aux anciens , je l ’ avoue . J ’ ai même été arrêté en plein milieu de mon travail de Réception : rétrospectivement , je remercie les anciens de l ’ avoir fait . Je suis conscient que cette période a été riche d ’ enseignements , mais j ’ ai bien mis une année à redescendre sur terre .
# 310 / Septembre 2021