18 compagnons partage
les risques de contagion . L ’ effectif passait ainsi de 8 à 5 ou 6 participants . C ’ est avec joie que nous avons recommencé les séances avec les détenus , heureux de me retrouver et de reprendre l ’ activité , même si un seul cours par semaine leur paraissait trop peu . La situation était compliquée à gérer , car le planning était chamboulé de par les confinements . Initialement , nous devions restituer un buffet pour l ’ inauguration d ’ une serre à l ’ occasion de la fête de la nature au sein de la prison , le 18 mai 2020 . Puis , j ’ avais envisagé que nous fassions un buffet pour les fêtes de Noël , mais rebelote : annulation avec le nouveau confinement ! Finalement , cela n ’ a pas pu se faire , ce qui m ’ a vraiment frustrée ! Ce projet m ’ a appris à changer mon fusil d ’ épaule , à être flexible et à savoir faire preuve d ’ organisation !
De plus , ayant changé d ’ entreprise en septembre , mon projet n ’ était plus financé ; je ne me sentais pas légitime vis-à-vis de mon nouvel employeur pour lui demander de sponsoriser une action que je n ’ avais pas montée avec lui . En attendant de trouver un accord avec le centre de détention , j ’ ai payé les matières premières , car je ne voulais pas d ’ un nouveau report des cours . Aurélie a finalement trouvé un accord avec un magasin à proximité de la prison qui permettrait que je sois remboursée , mais le second confinement en novembre 2020 nous a de nouveau coupés dans notre élan .
ENFIN , LA RÉCEPTION Pour être franche , à ce stade , j ’ étais énervée et fatiguée de ce nouveau contretemps majeur sonnant la fin définitive des cours . J ’ en avais assez de ces contraintes qui s ’ abattaient sur nous sans qu ’ on n ’ ait le contrôle de rien . Les Compagnons n ’ avaient pas pu venir me corriger au centre de détention et ne le pourraient pas ; est-ce que j ’ allais pouvoir aller au bout de mon travail de Réception ? Mais comme j ’ étais déterminée à être reçue Compagnon , j ’ ai tout de même proposé aux anciens de faire un buffet selon la formule courante . Ceux-ci se sont montrés compréhensifs , sans doute sensibles à mes efforts et à ma motivation : ils ont décidé que je serai évaluée sur un dossier présentant mon expérience . C ’ est ainsi qu ’ ils ont finalement jugé que je méritais de devenir à mon tour Compagnon … Les cérémonies de Réception étant ajournées du fait de la situation sanitaire , je brûle d ’ impatience de l ’ être pour de bon !
Globalement , la communauté m ’ a encouragée dans mon engagement et y a reconnu des valeurs compagnonniques , le partage notamment , à part deux ou trois grincheux qui ne comprenaient pas qu ’ on puisse consacrer du temps à des détenus …
JE SUIS RENTRÉE CHEZ LES COMPAGNONS POUR ME FORMER À UN MÉTIER ET JE SUIS HEUREUSE D ’ AVOIR PU M ’ EN SERVIR COMME VECTEUR DE PARTAGE ET POUR CRÉER DU LIEN HUMAIN .
Étant formateur , mon parrain de Réception m ’ a beaucoup aidée pour l ’ accompagnement du groupe , le déroulement des séances , le choix des recettes ainsi que pour mettre au clair tout l ' aspect pratique des cours . Il m ’ a aussi permis de mieux gérer mes appréhensions . J ’ ai eu de la chance d ’ avoir un parrain qui me suive dans mon délire un peu farfelu .
Témoignage
J ’ ai aimé transmettre mon métier à un public adulte extrêmement motivé . Par comparaison , je ne suis pas sûre que je serais à l ’ aise avec des jeunes adolescents . Le respect de la matière est très important à mes yeux et des apprenants adultes le comprennent . J ’ aurais bien aimé proposer une nouvelle session de cours au centre de détention , mais le couvre-feu actuel ne le permet pas .
Je suis rentrée chez les Compagnons pour me former à un métier et je suis heureuse d ’ avoir pu m ’ en servir comme vecteur de partage et pour créer du lien humain . Cette expérience m ’ a énormément fait grandir et m ’ a enseigné la valeur de l ’ être humain . J ’ ai ressenti une véritable osmose entre mes idéaux et la réalité vécue . Par ailleurs , au niveau professionnel j ’ ai évolué en sortant de ma zone de confort . Cela m ’ a aussi permis de m ’ investir dans un projet que j ’ ai réalisé de A à Z et dont j ’ ai fixé le cadre . Cela m ’ a enseigné la persévérance , ce qui me sera bien utile le jour où j ’ ouvrirai mon auberge ou ma chambre d ’ hôte en montagne !
Je tiens à remercier toutes les personnes qui m ’ ont aidée à concrétiser ce souhait : Benjamin Cordona , M . Garcia , Aurélie Couderc , Yann Gazhall ainsi que les communautés et les itinérants des chiens blancs de Toulouse de 2019 et 2020 .
Louise Leidelinger dite Parisienne
Aspirant pâtissier du Devoir
Aurélie Couderc , coordinatrice culturelle au centre de détention de Muret « Nous avons très bien accueilli la démarche de Louise et cette proposition de projet d ’ ateliers de pâtisserie pour le centre de détention , pensé dans le cadre de sa propre formation . La transmission de savoirs et de compétences était centrale dans la conduite de ses ateliers et une grande attention a été montrée aux besoins exprimés par les participants . Les contraintes liées au centre de détention ont été plutôt bien intégrées pour les propositions de recettes . Le fait de faire travailler les participants en binôme a permis de développer les échanges , la communication et l ’ entraide . […]
Les détenus qui ont participé aux ateliers se sont montrés très impliqués et satisfaits du contenu ainsi que de leur déroulement , toujours impatients d ’ être à la prochaine séance . […] En plus d ’ apporter de nouvelles compétences et connaissances spécifiques à la pâtisserie , ces ateliers ont contribué de manière plus large à développer les aptitudes sociales des participants et de valoriser leurs propres savoir-faire et savoir-être dans le cadre d ’ une activité . »
# 306 / Avril 2021