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LE MÉTIER dans le travail

Questionné par trois Compagnons itinérants 1 sur la notion de métier pour les besoins de la revue C , le sociologue Pierre Maclouf a consigné ci-après les réflexions que cet échange lui a inspirées . Voici la première partie du regard d ' un homme « d ' un autre métier » dont la matière est l ' action des hommes ensemble .

L e métier prend place au sein de l ’ ensemble plus vaste du travail , sur lequel , en pleine période du machinisme industriel , en 1950 , s ’ interrogeait le sociologue Georges Friedmann dans son livre Où va le travail humain ? Une question qui ne s ’ est pas éteinte , plus d ’ un demi-siècle plus tard , en pleine installation des nouvelles formes d ’ organisation du travail , associées aux constantes innovations technologiques . G . Friedmann observait la perte du sens du travail , associée à la dégradation des rapports de l ’ homme avec la civilisation technicienne et avec la nature ; au début des années 2000 , Richard Sennett insiste sur les changements dans le travail , survenus sous l ’ effet des nouveaux modes de gestion , qui « militent contre l ’ idéal de l ’ artisanat : apprendre à faire vraiment bien une seule chose », en conservant des acquis venus de l ’ expérience passée . Simultanément , d ’ autres chercheurs , spécialement Pierre-Michel Menger , ont mis en avant un autre phénomène : le développement des professions artistiques et scientifiques , qui prennent place au sein du travail « défini par son caractère créateur ».

La question du métier s ’ établit dans cet ensemble de l ’ évolution du travail . Il faut à cet égard distinguer entre le métier au sens courant , qui désigne toute activité ou occupation régulière dont on vit ( c ’ est l ’ idée de « profession »), et le métier au sens fort . Cette notion « forte » correspond à l ’ esprit du métier , tel qu ’ il
Pierre Maclouf au fond , entouré de Niçoise , Bordelaise et Bourguignon .
est entendu chez les Compagnons du Devoir . Elle prend toutefois place au sein du phénomène sociologique plus vaste du métier . Celui-ci a traversé différentes époques historiques et a été conceptualisé autour d ’ un « idéaltype » ( c ' est-à-dire un instrument mental , faisant abstraction des différentes occupations pratiques constituées par l ’ exercice des métiers et permettant de comprendre le phénomène dans sa variété , de la plus élaborée - allant jusqu ’ au chef-d ’ œuvre - , à la plus simple - « il n ’ y a pas de sot métier » - , et du travail manuel au travail intellectuel ).
LE MÉTIER Le métier consiste en une activité nécessitant l ’ acquisition d ’ un savoir-faire ( ce qui fera dire de quelqu ’ un qu ’« il a du métier »), avec , en sus , une certaine organisation réglementant l ’ apprentissage , la hiérarchie , les droits et les devoirs des « gens de métier ». La sociologie du travail a cerné ce phénomène autour des caractères suivants : ( I ) l ’ apprentissage spécial au contact d ’ hommes d ’ expérience ( le compagnonnage ), ( II ) l ’ habileté professionnelle ( maîtrise « gestuelle » des techniques de travail ), ( III ) appliquée à un matériau , ( IV ) l ’ autonomie dans
© Florent Pottier .
# 302 / Décembre 2020