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3 perspectives

NUMÉRO 300

L e fait qu ’ un nombre se termine par quelques zéros bien alignés donne toujours l ’ impression de passer un cap , même si ce compte rond ne change en rien notre quotidien . Ce fut le cas lors du très médiatique passage à l ’ an 2000 , ça l ’ est également , certes bien plus discrètement , avec ce journal au numéro 300 . Faute de cap à passer , faisons plutôt le point sur cet organe institutionnel de notre association qu ’ il est depuis le début , en janvier 1993 , dans le prolongement du journal historique Compagnonnage fondé en juillet 1941 en même temps que l ’ association .

L ’ objet n ’ est pas ici de faire une rétrospective exhaustive , ni davantage d ’ en analyser l ’ évolution . Cette matière existe déjà et je renvoie le lecteur intéressé à l ’ article très complet rédigé par le conseiller au Secrétariat de l ’ époque , le Compagnon Michel Guisembert , à l ’ occasion de la sortie du numéro 100 en juin 2002 ; ou encore aux résultats de l ’ enquête conduite auprès du lectorat publiés en juillet-août 2013 . Il est plutôt de se questionner sur son rôle actuel , et plus précisément encore sur le service qu ’ il pourrait / devrait rendre au compagnonnage de demain .
Inutile de tergiverser , le journal n ’ a plus pour rôle de créer du lien entre les Compagnons . Cette vision appartient à un passé révolu où les moyens de communication n ’ étaient pas aussi nombreux et performants que ceux d ’ aujourd ’ hui ( quant à savoir si , pour autant , nous communiquons mieux est un autre débat !). Si son rayonnement interne s ’ est accru depuis la décision des Assises de Reims en 1998 d ’ envoyer Compagnon du Devoir à tout Compagnon à jour de sa cotisation , rien ne nous permet d ’ affirmer que les Compagnons y portent plus d ’ intérêt , sauf sans doute ceux expatriés pour qui recevoir des nouvelles de la famille éloignée prend une autre saveur !
Il n ’ a pas non plus vocation à être un organe de presse : son contenu ne peut être traité sous un angle journalistique , notamment en s ’ autorisant des commentaires sur l ’ actualité ou des prises de position , ni davantage en traquant le sensationnel ou en flattant l ’ ego des personnes . Il est de la responsabilité du comité de rédaction de veiller à ne pas tomber dans ce type de dérives , une tâche rendue inévitable tant ces comportements semblent devenus la norme , particulièrement sur les réseaux sociaux .
LE JOURNAL COMPAGNON DU DEVOIR ASSURE TOUJOURS UN LIEN FORT ENTRE L ’ ASSOCIATION ET LES INSTANCES – NATIONALES , RÉGIONALES OU LOCALES – OU PARTENAIRES À QUI NOUS L ’ ADRESSONS .
Saluons ici la fidèle implication des Compagnons qui ont assuré ou assurent encore bénévolement cette gâche de directeur de la rédaction : le Compagnon maçon Michel Huppenoire de 1993 à 2000 , le Compagnon mécanicien-outilleur et conseiller au Secrétariat Michel Guisembert de 2001 à 2003 , et le Compagnon pâtissier François Bastien depuis .
En revanche , le journal Compagnon du Devoir assure toujours un lien fort entre l ’ association et les instances – nationales , régionales ou locales – ou partenaires à qui nous l ’ adressons . Nous le savons lu , considéré , partagé , sans doute parce qu ’ il est le reflet sincère de ce que nous sommes et le témoignage vivant de ce que nous faisons . Il permet en outre aux familles qui le souhaitent de suivre le Tour de France de leur enfant , aux chefs d ’ entreprise d ’ élargir leur vision du compagnonnage au-delà des aspects liés à la formation professionnelle , aux sympathisants de se sentir « de la famille » et aux salariés de l ’ association d ’ avoir une vue d ’ ensemble de ce à quoi ils participent au quotidien . Déjà tout ça , ce n ’ est pas rien !
Sauf que c ’ est un combat de chaque jour pour y parvenir … En charge du journal , Marie-Laure Gendron vit régulièrement de grands moments de solitude lorsque nous sommes en pénurie d ’ articles . Il n ’ est pas rare que nous commencions un numéro sans savoir qu ’ y mettre , non pas que nous n ’ en ayons aucun , mais ceux que nous recevons ne correspondent pas toujours à la ligne éditoriale décidée . Sans cette ligne , notre journal ressemblerait facilement à un magazine de voyage , tout simplement parce que se retrouver à un bout de monde invite plus naturellement à prendre la plume que lorsque l ’ on est à l ’ atelier ou sur le chantier .
Or , nous sommes bien une association d ’ hommes et de femmes de métier . Et nous manquons d ’ articles de métier de bonne tenue . Parmi tous les adhérents , itinérants ou sédentaires , il y en a forcément au moins un quelque part
# 300 / Octobre 2020