image l’ identité forte de notre chirurgien. Concernant la personnalité d’ Augustin Feyen- Perrin, qui a réalisé très peu de tableaux, c’ est un peintre qui a beaucoup promis et peu fait. Il y a certains tableaux, notamment des paysages fait à Cancale, mais ils ont un côté mondain, un côté parisien … Il y a très peu d’ œuvres de bonne qualité, je dirai que celles reproduisant Charles Téméraire au musée des Beaux-arts de Nancy sont peut-être ses meilleures réalisations. Alors le tableau confirme en quelque sorte toutes les descriptions des contemporains, qui décrivent justement le sens de la Charité, avec en plus un je ne sais quoi de religieux. Ce ténébrisme monacal, ambiance appuyée par les simples mots, le simple mot: à peine visible, sous le papier tenu par l’ un des internes; le mot « charité ». Si on essaie de creuser un peu, d’ entrer un peu dans le tableau, d’ être un peu à côté de Velpeau on comprend comment cette mondanité clinique se construit et en quoi elle est importante, en quoi elle surenchérit le prestige de Velpeau. On peut par exemple recourir à cette gravure, cette reprise du tableau d’ Eugène Pirodon où on voit quelques clés de lecture, quelques noms qui viennent justement nous aider à identifier mieux le personnage. On retrouve parmi les élèves de Velpeau, Liouville, Desfossés, Lundy. On retrouve un écrivain et critique d’ art, Armand Silvestre, et plusieurs artistes: Charnay, représenté deux fois, et Ronjat et Feyen-Perrin. Le voisinage de l’ école des Beaux-arts avec l’ hôpital de la Charité explique en quelque sorte la présence d’ Armand Silvestre et surtout de Feyen-Perrin à côté de Velpeau. Certains artistes présents à la Charité ont réalisé des fresques pour le bénéfice des internes. Ces fresques qui n’ existent plus. On les a démontées. Ce ne sont pas vraiment des fresques, ce sont des peintures à l’ huile sur des panneaux en bois. Ces fresques soulignent le fait que ces artistes sont des habitués des lieux. Il y a une espèce d’ émulation générale, un espace d’ aller-retour entre médecine et beaux-arts. Ce voisinage est complètement normal à l’ époque. Le tableau d’ Augustin Feyen-Perrin n’ a pas joui du meilleur accueil et sa réception a été plutôt mitigée, il y a eu peu d’ éloges. Les sources historiques de Feyen-Perrin trop facilement identifiables. La première, vous la reconnaissez aussitôt, vient de la « Dernière Cène » de la Renaissance, avec Jésus et les apôtres. La deuxième source, c’ est indubitablement la Leçon du Docteur Tulp de Rembrandt. Ces deux sources trop évidentes, peut-être trop lourdes, jettent de l’ ombre sur le tableau de Feyen-Perrin. Il faut quand même remettre les choses un peu à leur place, et insister sur la modernité de ce tableau. Pour 1864, c’ est quand même un pas assez important dans l’ iconographie médicale. Pour plusieurs raisons: la première c’ est que par rapport à ce qui se faisait avant, autour de 1840-1850, on observe qu’ on commence à abandonner un peu toute cette iconographie très lourde, typiquement troubadour, insistant sur Vésale en train d’ opérer à Padoue ou avec Ambroise Paré sur un champ de bataille faisant une ligature. Tous ces pères de la chirurgie, Feyen-Perrin, va choisir de les laisser de côté et axer strictement sur la contemporanéité, sur les rôles d’ ici et de maintenant. Des chercheurs américains ont pu vérifier qu’ Augustin Feyen-Perrin a influencé Thomas Eakins qui était un des grands artistes réalistes américains. Non seulement il était étudiant en médecine avant de devenir peintre, mais il était venu voir Velpeau à la Charité. Mais il a visité le salon de 1864. Donc il a vu au moins une fois le tableau, le tableau d’ Augustin Feyen-Perrin. Il a aussi été exposé à l’ exposition universelle aux Etats-Unis. Donc deuxième occasion pour Thomas Eakins de voir ce tableau. Deuxième aspect: en 1864, Augustin Feyen-Perrin ouvre un chemin, une nouvelle iconographie de la médecine, qui atteindra son intensité, son paroxysme au salon de 1877. Je montre maintenant un tableau de Louis Gervais qui insiste d’ un part sur la personnalité du docteur Feyen-Perrin mais aussi sur le pincement de vaisseaux par un fameux instrument inventé par Perrin. J’ aurais pu aussi vous montrer ce tableau archi célèbre, d’ André Brouillet, avec Charcot et sa leçon à la Salpêtrière.
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