Nous avons été d’ une vanité incroyable puisqu’ on s’ est donné la création divine, on s’ est donné le langage, on s’ est donné l’ intelligence, on s’ est donné toutes sortes de qualités que n’ auraient pas les animaux. On a tout le temps élevé des murs qui valaient bien ceux de Berlin, aussi solides et aussi incongrus que ceux-là entre les animaux et les hommes. Je crois que cette science relativement récente qu’ on appelle l’ éthologie va encore nous en apprendre beaucoup plus tous les jours. Nous découvrons que la chaîne du vivant est une continuité et que c’ est plutôt le Darwinisme qui a raison plutôt que les superstitions populaires. Par conséquent, je fais cette réflexion un peu polémique en m’ appuyant sur l’ article premier des droits de l’ homme: « tous les hommes naissent égaux en dignité et en droit » ne faudrait- il pas d’ abord l’ appliquer aux vivants avant de s’ en préoccuper pour les dépouilles. Bien sûr les morts n’ échappent pas à des profanations, puisqu’ on y a fait une discrète allusion hier ainsi: les charniers, les fosses communes, les exclusions pour raisons religieuses malgré la charité proclamée comme étant une vertu fondamentale. Il y aurait beaucoup à dire sur ce plan là. Par conséquent, devant tous ces problèmes, je crois que la meilleure réponse est celle qui nous a été fournie de façon magistrale hier par le professeur Louryan. C’ est la réponse scientifique: l’ anthropologie. Son étude englobe tous les aspects de la vie et tous les aspects de la mort qui peuvent être enrichissants. On nous a bien démontré que grâce aux restes, on peut faire des progrès scientifiques extraordinaires qui vont bénéficier aux vivants. Je ne sais plus qui a dit: « Laissons les morts pour les morts ». Les morts sont utiles pour les vivants. Le progrès médical, on l’ a montré hier, est incontestable notamment dans le sujet qui nous préoccupe, celui du gigantisme. Grâce à Julius. Autre chose: il faut souligner la puissance de ce qu’ un journaliste a appelé à propos des médias, l’ émocratie( la puissance de l’ émotion), le rôle de l’ émotionnel qui peut être sublime lorsqu’ il est transcendé notamment par l’ art. mais qui peut conduire aussi à des choses plus intéressantes. De même qu’ il faut distinguer la curiosité vulgaire de la curiosité scientifique, il faut distinguer ce que la sensibilité peut nous apporter mais en quoi elle peut nous tromper, nous égarer, nous rendre plus ou moins, et je mets de gros guillemets « fou ». Se pose alors aussi le problème de la mise en scène de tout ça. Comment induire une curiosité qui soit saine, qui ne soit pas du voyeurisme, qui ne soit pas quelque chose de vulgaire ou qui ne soit pas liée à des profits un peu douteux? Le problème essentiel en éthique me semble-t-il, est celui de la morale, qui tourne autour de la constitution de la personne et du respect de cette personne. On peut la sacraliser avec tous les risques de la sacralisation, mais aussi on peut se méfier de ce qu’ on appelle volontiers le charisme. Et là aussi, nous voyons jouer une espèce de combat permanent entre le rationnel et l’ irrationnel. Une personnalité qui a du charisme, n’ a pas toujours un charisme établi sur des valeurs humaines souhaitables ou respectables. Des exemples dans l’ histoire sont assez parlants sur ce plan là et on le voit encore aujourd’ hui par exemple dans certaines sectes évangéliques qui sont en train de conquérir l’ Amérique latine, l’ Afrique et peut-être demain l’ Europe où des pasteurs « autoproclamés » ou même choisis par une population ou par un groupe quelconque sont d’ abord des personnalités qui savent éblouir les foules, leur promettre l’ impossible et donc profiter des naïvetés, des croyances, du désespoir et de la misère. Tout cela n’ est pas très joli et je me demande dans quelle mesure le pauvre Julius Koch a aussi été victime de cette attitude qui est de profiter de ce qu’ il pouvait avoir de charisme. C’ est l’ aspect positif que j’ ai évoqué tout à l’ heure de la monstruosité. J’ en arrive pratiquement aux conclusions. Je crois qu’ il serait intéressant d’ interroger la fortune mythique et littéraire du géant. Il y a quelques éléments qui ont été affichés. Remarquez que c’ est toujours au masculin. Je ne crois pas qu’ on parle de géante quelque part. Je n’ en ai jamais entendu parler. C’ est amusant de se rendre compte qu’ il y a une super valorisation de la virilité ou du machisme. Ça va de la mythologie grecque qu’ on a
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