Colloque Julius Koma COLLOQUE corrigé le 4 juin 2017 | Page 39

maintenant lorsque ça existe encore, trait aux obsèques par inhumation. Tenu par un personnage officiel, le maître de cérémonie, notamment lorsque la cérémonie est maçonnique, c’ est le vénérable ou son délégué de l ' atelier dont le mort faisait partie. Ce retour relatif s ' accompagne d’ ailleurs à l’ heure actuelle- à Bruxelles deux tiers des obsèques sont des crémations, en Belgique 51-52 %- d’ un relatif recul de la dispersion.
On voit la création de petits cimetières du souvenir ou de la souvenance qui sont des cimetières en petit. Au lieu de déposer un cercueil on met une urne, des exvotos, des plaques qui seraient « à ma bobonne bien aimée, reviens nous pleurons tous les jours », « enfin » … etc., ce qui fait le bonheur des entrepreneurs de la pompe funèbre. Le grand sociologue allemand Georg Simmel a dit ceci: « la vie est jusque dans ses aspects les plus intimes, à chaque époque de la civilisation, en étroite interaction avec le sens que l ' époque impartit à la mort. » Le sens de la vie et le sens de la mort sont liés. Nous sortons d’ un siècle, et celui-ci ne s’ annonce pas bien non plus à cet égard. La mort y a été si j’ ose dire vachement secouée. Les guerres, la première, qu’ on célèbre maintenant permet de confirmer ce que j ' ai dit un jour à une de mes étudiantes qui m ' a dit « il y a eu une guerre en 14 monsieur? » Je n’ étais pas né mais je sais qu’ elle a fait 10 millions de morts; la deuxième 60 peut-être, on ne sait pas, sans compter les gens massacrés à l ' époque selon leur origine prétendument ethnique. Nous sommes les héritiers de cela, il ne faut pas l’ oublier. Quand nous voyons un film remarquable qui est passé à la télévision française récemment, Ceux de 14 à partir du plus beau livre qu’ on ait écrit sur la guerre 14 de Maurice Genevoix, on voit des morts, et des morts pas propres dans la boue avec les rats etc. Nous sommes les héritiers de cela. Le rapport que nous avons à la vie est lié à ce rapport que nous avons à la mort notamment à travers les images. Le corps fait l ' objet d ' une attention particulière dans toutes les civilisations,: momification chez les égyptiens-mais ce n’ est pas pour tout le monde, ce n’ est pas pour les fellahs- c’ est pour les gens importants; catacombes, ou ossuaires. C’ est très amusant les ossuaires: vous avez tous les tibias d’ un côté, tous les péronés, tous les humérus, tous les crânes, toutes les omoplates d’ un autre côté. Il y en a un beau en Alsace à Kaysersberg, la ville natale du docteur Schweitzer. Les cimetières, c’ est vrai, étaient dans les églises, d’ abord vraiment dans l’ église, et puis après au dehors, autour des églises, souvent lorsque c’ était des grands cimetières comme « les Innocents » à Paris. Les morts y côtoyaient les vivants lors du marché. Maintenant c’ est le trou des Halles. Il fut un temps où c’ était les halles- le marché – qui se faisait à l’ endroit où on empilait les morts non pas un à côté l’ un de l’ autre mais les uns au-dessus des autres. On marchait sur nos morts. De temps en temps, il y avait un tibia qui sortait, je dis tibia parce que je crois savoir où ça se trouve. Puis on a déplacé pour des raisons hygiéniques les cimetières. Sous Joseph II puis lors de la révolution française. Mais rappelons-nous que pour certaines professions infamantes, il y a refus de sépulture en terre chrétienne comme pour les prostituées, et les comédiens! Molière a d’ abord été enterré en terre chrétienne mais le curé de Saint Eustache l’ a fait déterrer! Parce qu’ il n’ avait pas le droit d’ être là, c’ était un comédien donc il est excommunié d’ office. Alors que maintenant ce sont les papes qui font les comédiens. Excusez-moi ce petit trait d’ anticléricalisme lié à mon université d’ origine. Pendant longtemps l’ église a refusé la crémation. C’ est en 1963, à cause de Vatican II, que l’ église l’ a tolérée. Maintenant effectivement on peut non pas tenir des services religieux mais un embryon de consécration religieuse au crématorium. Mais on ne peut pas y faire une messe puisque l’ endroit n’ est pas consacré. Ça se fait de plus en plus.
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