Colloque Julius Koma COLLOQUE corrigé le 4 juin 2017 | Page 109
Jean-Pierre Denefve :
Un article qui est paru dans La Province il y a trois ans, présente Julius Koch au musée d’art
contemporain, au Mac’s, sans qu’on ne mentionne que c’est au Mac’s.
C’est l’image de ce dispositif que Bertrand a montré, derrière des verrières, en disant
d’ailleurs qu’il s’en inspirerait bien ici.
En changeant d’espace, je pense que le corps change de statut, en partie.
Quand vous allez au Mac’s, un musée des arts contemporains, ça implique un regard
« contemporain » donc un regard sur un artefact, un objet qui n’est pas lu comme Julius
Koch, mais qui est lu comme un élément de curiosité provoquant une émotion esthétique
avec les codes, les émotions ou les intérêts paradoxaux de l’art contemporain.
Et là je trouve qu’il y a un problème.
J’ai essayé en vain de convaincre Laurent Busine de venir ici, lui qui s’est occupé du
transfert du corps. J’aurais souhaité qu’il vienne pour parler de ces déplacements de sens à
travers les déplacements de corps, les déplacements d’objets ou le non-déplacement du
corps mais avec déplacement d’objets autour.
Autre exemple : j’estime qu’on sexualise bizarrement Julius Koch en présentant entre ses
jambes sa photo et son missel.
Un psychanalyste pourrait évidemment aller très loin… J’ai souhaité pour ma part, avec
l’accord de Bertrand, que l’on fasse une présentation séparée, sans se pencher sur les
raisons qui ont fait, conscientes ou pas, à un moment donné de mettre entre les jambes à la
fois sa photo et le missel.
Autre exemple, si on le déplace dans le cabinet du conservateur, on lui donne autorité
quelque part à titre de conservateur fantôme.
Hier j’ai dit à Bertrand « mais pourquoi est-ce que tu ne travailles pas là dans ce bureau
reconstitué du conservateur ? ».
Il dit « oui, mais c’est un problème d’ordinateur ».
En même temps, travailler là où se trouve Julius lui donnerait un autre sens.
C’est pour ça qu’on parle de « scénographie ».
Pour l’instant c’est une scénographie « accidentelle » dont bénéficie Julius Koch.
À mon avis, on n’a jamais depuis très longtemps pensé à sa situation dans le musée, sa
situation par rapport aux autres squelettes, par rapport à la circulation par rapport à lui-
même…
Je pense que c’est là que les apports d’artistes pourraient être intéressants.
On parlait de la « Ferme des corps », il y a eu une polémique il y a quelques temps à son
propos.
Elle se situe au Canada et c’est un lieu où se construit une banque de données pour
différentes expertises en matière de police médicolégale.
Cette banque de données était accessible au départ à la police scientifique et puis au
Ministère de la Défense des Etats-Unis.
Donc on passe de la médecine à un autre ministère si j’ose dire : Ministère de la Justice,
Ministère de la Défense, Ministère de la Santé, dont la proximité peut paraître dans certaines
circonstances inquiétantes, soit…
À un moment donné, s’est posée la question : « est-ce que les artistes peuvent avoir accès à
cette banque de données ? ».
La réponse, je crois, est positive.
C’est qu’il y a tellement de présence de la mort dans le spectaculaire au cinéma qu’on ne
peut plus aujourd’hui se contenter d’une image où vous avez un cow-boy qui fait « ah je
meurs « précédé d’un coup de feu.
Aujourd’hui les gens ont besoin d’un réalisme de plus en plus précis, c’est cette banque de
données qui fournit à des artistes, à des écrivains, à des cinéastes, des données dont on a
parlé beaucoup. Notamment pour Faut-il sauver le soldat Ryan ?
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