Compétences
Pour revenir sur la question de l’ économie, puisque c’ est central sur un projet comme celui-là, on est à 380 000 euros HT sur cette maison. Cela fait un budget de 2 470 euros du mètre carré. Nous avons trois lots à environ 95 000 euros: le gros œuvre de terrassement, pour faire la dalle, les fondations et le terrassement; la part de la pierre n’ est pas si énorme sur ce budget, 95 000 euros pour les éléments de structure et de façade; et la charpente-couverture, 95 000 euros TTC. Ensuite, pour les fenêtres, nous avons un beau budget de 65 000 euros. Enfin, ce sont des petits lots sur les menuiseries, plâtreries, etc. Les clients font la peinture et la cuisine. Cela nous aide.
Je laisse la parole à Marine, sur le complément d’ ingénierie. grande hauteur, une grande portée, puisque nous sommes à 24 mètres de portée et une hauteur de 30 mètres. Cet ouvrage est remarquable par la finesse de ses murs, qu’ il mesure à 0,96 centimètre. Dans la démarche de l’ ingénieur du passé, du 19 e siècle, sa démarche est d’ observer ce qui a déjà été bâti. « Qu’ est-ce qui existe aujourd’ hui comme mur qui tient tout seul? J’ observe la villa Adriana. C’ est le plus haut mur et le plus fin que je connaisse. Le rapport entre la hauteur et l’ épaisseur est de 16 ».
Sur la coupe de la basilique Saint-Paul, le rapport entre la hauteur de la nef centrale et l’ épaisseur du mur, on a un rapport de 32. Sa conclusion est que, par rapport à ce qu’ il constate de l’ expérience, s’ il n’ y a plus la charpente bois, les murs de la basilique Saint- Paul de Rome sont par terre.
( Applaudissements.)
Mme Bagnéris.
Bonjour. Comme l’ a précisé Christophe, quand ils nous ont contactés, avec Sébastien, il y avait vraiment cette envie d’ avoir une paroi fine, prévue initialement à 20 centimètres, telle que tu l’ avais dessinée.
On n’ était sans doute pas les premiers à se poser la question. En effet, on a regardé ce que nous racontait Rondelet, qui a écrit en 1817 un ouvrage sur l’ art de bâtir. Il y a 200 ans, il s’ interroge sur l’ épaisseur à donner aux murs qui ne sont pas voûtés, en constatant que « ils se soutiennent avec une moindre épaisseur, surtout lorsqu’ ils sont réunis par des planchers ou des toits disposés d’ une manière convenable ». Merci, Jean. Nous avions la même intuition, la même envie de faire collaborer cette structure bois avec cette structure pierre pour que l’ ensemble fonctionne. Des murs fins de pierre, sur deux niveaux qui atteignent environ 6 mètres, on n’ y arrivait pas. Il fallait que tout cela travaille ensemble.
Regardez ce qu’ il s’ est passé lors d’ un incendie quelques années après, en 1823: cette basilique a pris feu. La charpente a disparu sous les flammes. Rapportée par les peintres Hallo et Lesueur, on observe une chute des murs, entraînée par la disparition de la charpente.
Cela conforte son raisonnement d’ ingénieur du 19 e siècle.
Fort de son analyse, puisque c’ était la démarche de l’ ingénieur de cette époque, il mesure, il fait des relevés. J’ aurais adoré être ingénieure à cette époque. Il se balade de partout. Il voit plus de 280 bâtiments en France et en Italie. De là, il tire une règle. Ils ont envie de faire de la science, ces gens-là. Les Lumières sont déjà bien éclairées. Il se dit: « C’ est bien gentil, ce rapport épaisseur / hauteur, mais on ne va pas me la faire, à moi. Je suis un scientifique aussi, un ingénieur scientifique. Il faut donc que je mette un peu plus de science là-dedans. Je sens bien que, dans ce qui va permettre de constituer une structure à moindre épaisseur et malgré tout stable et résistante, il n’ y a pas que ce petit rapport à la noix. Il y a une relation de portée de mon bâtiment et une histoire de constitution de mon mur ».
Il cherche donc une règle, avec la conception de l’ époque. Il sort une première règle, pour des bâtiments où on imagine qu’ il n’ y a pas les bas-côtés, c ' est simplement les murs qu’ il dit être les plus simples après le mur de clôture, simplement couverts par un toit. Il sort une loi pour ces types de bâtiments.
P4.30
Planche 180; fig, 1; Traité théorique et pratique de l ' art de bâtir; 1817
On continue à regarder ce que nous raconte Rondelet. On le voit sur une coupe de la basilique Saint-Paul, hors les murs, à Rome( voir illustration P4.30). Nous avons une très
Je ne veux pas vous faire sortir une feuille et un crayon, mais je veux partager un moment de solitude que peut avoir un ingénieur quand il lit un truc pareil: « Si les murs sont isolés des deux côtés dans toute leur hauteur, jusque sous les entrées des fermes du comble, ayant tiré la diagonale BD, on portera dessus de B en B […] la douzième partie de la hauteur AB, on mène les parallèles et on trouve l’ épaisseur du mur ». Vous voyez le grimoire de la démarche!
92 COLLOQUE- LA PIERRE, UN CHOIX SOCIÉTAL