Ressources les pierres du Sanitas dans les dimensions dans lesquelles elles nous sont données. J’ ai voulu, peut-être naïvement, les redécouper. Dans ce cas, tous les prix que mes économistes me présentaient— alors que j’ allais chercher les pierres pas très loin, à Châtellerault, dans les carrières que je connaissais déjà— étaient systématiquement plus élevés avec ce réemploi. Ma question est: comment nous, architectes et maîtres d’ œuvre, devons-nous acquérir cette culture du réemploi pour, non pas dessiner d’ abord nos appareillages puis voir ce que l’ on peut faire rentrer dedans, mais plutôt avoir tout de suite les dimensions préalables dans vos catalogues et concevoir nos dessins en fonction de ces pierres? La redécoupe nous amène à des prix très élevés. constructifs sur des bâtiments des années 60 et on sait beaucoup mieux comment on va s’ y prendre pour gérer la question des coûts. Enfin, l’ approche que je conseillerais d’ avoir quand on commence est de bien s’ équiper des compétences mais aussi de ne pas viser des économies, parce que ce n’ est pas la bonne porte d’ entrée. Viser des coûts à l’ équilibre en le faisant intelligemment pour y arriver et faire ensuite des bénéfices sur le plan environnemental et social nous semble être le plus grand intérêt de ces démarches.
M. Aubertin.
Christophe Aubertin, architecte.
M. Topalov.
C’ est une bonne question que l’ on s’ est posée très tôt. Souvent, le coût embarqué dans un matériau de réemploi provient de la phase de préparation, qui peut contenir beaucoup d’ étapes qui consistent à agir sur le matériau, le couper, le nettoyer, le surfacer, etc. Pour répondre à votre question, l’ une des pistes est que le concepteur reconnecte un peu plus avec les questions très praticopratiques et matérielles des matériaux qu’ il va manipuler et des techniques qu’ il va utiliser pour les préparer et les remettre en œuvre. Le plus simple est d’ aller travailler directement main dans la main avec les artisans et les gens qui font. C’ est pourquoi je pense que ce colloque est éminemment pertinent sur cette question.
C’ est grâce à l’ entreprise qui est venue faire les tests de démontage, spécialisée dans la taille de pierre, que l’ on a tout de suite eu la puce à l’ oreille de ne pas proposer de découpe de ces pierres, parce qu’ on savait que le coût de préparation allait être dans les traits de scie, c’ est-à-dire une scie diamantée circulaire avec laquelle on coupe les pierres, qui s’ use beaucoup et qu’ il faut changer régulièrement. Le parti pris que l’ on avait au début était que moins il y aurait d’ interventions sur le matériau, mieux on s’ en sortirait de tous les points de vue. Les inconvénients sont qu’ il faut garder des faces « sales » avec des traces de polochon de colle, des traces d’ usure sur les façades sudouest où le soleil et la pluie battante avaient travaillé la pierre et l’ avaient noircie. On s’ est accommodé de cela, alors que si l’ on avait taillé la pierre, on aurait eu une surface propre, sciée, mais cela ne fonctionnait pas économiquement. Le deuxième élément de réponse est le côté expérimental de la démarche qui nous amène à un constat simple: la première fois que l’ on fait un projet, on tâtonne, on teste des choses, donc cela prend du temps, on fait des erreurs et cela augmente parfois les coûts. En revanche, la fois suivante, une fois que l’ on a de l’ expérience … C’ est le cas à la ZAC Python, dans le 20 e arrondissement, où l’ on a les mêmes modes
Merci pour la présentation. Cela m’ interroge sur la déconstruction des bâtiments en béton. Aujourd’ hui, la quantité de bâtiments en béton est énorme. On déconstruit, on démolit, on concasse, cela prend énormément d’ énergie, on sépare les aciers et on fait des petits granulats pour faire du remblai. Pourquoi ne va-t-on pas découper des blocs de béton unitaires, en quantité énorme, que l’ on peut ensuite réemployer pour faire de la maçonnerie et empiler, qui convoqueraient tout le savoir-faire des constructeurs de la pierre sur la manière de rassembler ces blocs de béton? Ils ont le défaut d’ être assez fins, mais on pourrait aussi les renverser et construire avec une matière très stable que l’ on connaît et que l’ on sait mesurer.
M. Topalov.
C’ est une belle boîte de Pandore qui est ouverte. Merci pour la question.
Je donne un cours d’ une journée à mes étudiants sur la question du réemploi du béton, qui n’ est pas si nouvelle que cela. Je peux vous renvoyer aux travaux d’ une chercheuse de l’ EPFL qui s’ appelle Célia Küpfer, qui a fait une analyse incroyable de recensement de toutes les opérations de réemploi de béton qui ont eu lieu depuis les années 60 en Europe. Près de 80 projets sont étudiés et c’ est fascinant. Pour vous parler de Bellastock, en 2016, on a commencé à s’ intéresser à cette question du réemploi du béton, notamment à Stains où l’ on a fait des réalisations dans lesquelles on est allé scier des panneaux en béton dans des murs de refend, souvent des grands ensembles des années 60 et 70, qui sont beaucoup démolis aujourd’ hui, pour en faire des matériaux de construction. Quand vous êtes dans le contexte du NPNRU et que vous avez des espaces extérieurs à aménager, cela s’ y prête assez bien parce que les voiles de béton s’ y prêtent, en tant que voiles de béton au sol, de manière assez simple, même si ce n’ est pas aussi simple. Plusieurs étudiants ont fait des mémoires sur la relation entre le réemploi de béton et le
59 COLLOQUE- LA PIERRE, UN CHOIX SOCIÉTAL