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Contexte faible résistance à la torsion. Le marès, comme la plupart des pierres tendres, se prête mieux à des murs qu’ à des structures en ossature. Pour rendre les colonnes résistantes à des poussées latérales, l’ ingénieur structures a préconisé de les renforcer avec du béton armé. À l’ écran, vous voyez un bloc avec des perforations pour ce genre de renforcement sur un autre chantier à Majorque( voir illustration P2.14).
Dans le cadre de la crèche à Llubí, estimant que la proposition de l’ ingénieur de renforcer la pierre de cette façon était en quelque sorte fausse ou immorale vis-à-vis de la pierre, les architectes ont remplacé les éléments porteurs en pierre par du CLT, donc du poids de facto renforcé par la colle issue de l’ importation. Une espèce de double standard pour la pureté de la mise en œuvre des matériaux m’ a interpellée. Mes échanges avec les architectes ont révélé à quel point leurs choix formels pour la structure de ce bâtiment sont liés à des codes moraux, notamment l’ idée de la vérité constructive ou de la légèreté, qui se sont développés à des époques révolues, souvent avec d’ autres types de matériau. grande diversité de formes architecturales.
Aujourd’ hui en France, à ma connaissance, il n’ y a pas de tentative d’ établir de telles dimensions standards, à l’ échelle des carrières individuelles ou à l’ échelle nationale, qui prendraient en compte à la fois la matière telle qu’ elle se présente dans le sol et les enjeux énergétiques de l’ extraction, de la transformation et de l’ assemblage de la pierre. Dans le sixième chapitre, j’ explore la tendance actuelle à Majorque de laisser les éléments de structure en pierre apparents, sans enduit ni peinture pour les recouvrir. Le mur double de maçonnerie, dans le cas majorquin, est très souvent un mur extérieur de 10 centimètres, un vide de 10 centimètres, puis un mur intérieur de 20 centimètres. L’ adoption du double mur de maçonnerie, qui a été introduite sur l’ île par l’ architecte danois Jørn Utzon en 1970 lorsqu’ il a construit sa célèbre maison Can Lis, a permis aux architectes d’ IBAVI de laisser la structure en grès local visible à l’ intérieur et à l’ extérieur du logement. Vous voyez sur l’ image la finition telle qu’ elle est livrée.
La discussion dans ce chapitre s’ articule autour de la réévaluation nécessaire des codes moraux et l’ usage de la pierre en structure aujourd’ hui qui permettrait de réfléchir à l’ alliage de la pierre avec d’ autres matériaux plus subtilement. Renforcer ou ne pas renforcer la pierre pourrait constituer un débat passionnant.
Dans le cinquième chapitre, j’ observe comment la nature et l’ organisation du travail manuel dans l’ extraction, la transformation et l’ assemblage de la pierre à Majorque sont intimement liées aux dimensions standards— les mêmes depuis l’ Antiquité— des blocs utilisés. La quasi-intégralité des carrières sur l’ île( environ une douzaine) travaille avec des blocs standards qui mesurent 80 centimètres de long, 40 centimètres de haut et 40 centimètres en profondeur.
Contrairement aux tentatives d’ industrialisation de la filière pierre en France dans la période de l’ après guerre, le travail avec des modules à Majorque ne sert pas les objectifs de la production en continu, mais limite plutôt le recours à des machines de levage consommatrices d’ énergie. Dans les carrières comme sur les chantiers, les blocs restent « manutentionnables » à l’ aide d’ outils relativement petits et parfois purement mécaniques qui ne nécessitent que l’ énergie des ouvriers. Comme le montrent les projets expérimentaux d’ IBAVI, les modules de 80 × 40 × 40 centimètres sont particulièrement polyvalents en termes d’ assemblage, pouvant par exemple être coupés en longueur pour fabriquer des éléments de 20 ou 10 centimètres de profondeur pour servir de cloison ou de couche de mur double. Ces modules concilient ainsi la régularité et la répétition avec une
Cela a d’ abord provoqué un certain choc esthétique au sein de la population locale, à commencer par les habitants eux-mêmes. Ils ont perçu cela comme une finition pauvre, voire comme une absence de finition. La même ambivalence planait sur la pierre dans le cadre du projet à Plan-les-Ouates où le maître d’ ouvrage a gardé une provision pour recouvrir les murs en Placoplatre si les habitants n’ acceptaient pas de vivre avec la pierre à l’ intérieur de leur logement. En Espagne, ce n’ est que quand l’ architecte en chef d’ IBAVI a parlé aux habitants d’ un nouveau style « rustic mallorquin » pour justifier ce choix de finition brute qui faisait allusion à l’ architecture rurale vernaculaire qu’ ils ont pu s’ approprier ce nouvel imaginaire d’ un mur intérieur qui n’ est pas celui d’ une surface blanche, immatérielle, à laquelle nous sommes tous habitués.
Les trois derniers chapitres s’ articulent autour du projet pour un nouveau centre universitaire à Cambridge, en Angleterre, dessiné par Caruso St John Architects. Il s’ agit d’ un bâtiment de deux étages qui associe des façades autoporteuses en Ketton stone, une pierre calcaire locale, avec des tailles et des murs en( inaudible).
Le septième chapitre décortique la compréhension qu’ ont les architectes et les ingénieurs de ce qu’ est l’ innovation avec la pierre dans les premières phases du projet, alors qu’ ils débattent des vertus relatives des façades porteuses versus autoporteuses en pierre. L’ innovation de la proposition des architectes pour les façades réside dans l’ adaptation du mur double, associant la pierre et la brique, présent dans la quasi totalité des bâtiments existants de Downing College à Cambridge.
32 COLLOQUE- LA PIERRE, UN CHOIX SOCIÉTAL