Emploi sens. Je reviens sur les orienteurs. C’ est un des moteurs ou un des freins, selon comment il est perçu. Quand on échangeait sur le sujet une première fois, tu me disais qu’ il est important de communiquer sur nos métiers; ne pas dire que ce sont des métiers manuels, mais des métiers « à part manuelle ». J’ avais trouvé le terme assez joli. Pourrait-on revenir sur le sens que tu lui donnes? quelqu’ un qui travaille dans le bâtiment passe son temps à résoudre des problématiques très complexes, avec un savoir-faire manuel certes. Mais c’ est quand même avant tout un métier de réflexion. Quand il y a des crises, quand un des facteurs se met à varier de façon beaucoup plus importante que d’ habitude( la météo, le niveau des emprunts bancaires ou je ne sais quoi), le niveau de complexité est tel que l’ on n’ arrive plus à le tenir. C’ est constamment résoudre de la complexité. C’ est cela, les métiers « à part manuelle ».
On voit qu’ il y a une énorme différence entre un métier purement manuel [...] et un métier « à part manuelle », comme on le pratique.
M. Marmonier.
Le terme est d ' André Mollard, un maçon du patrimoine aujourd’ hui décédé.
Un orienteur, en collège, fait la différence entre un métier strictement tertiaire, en bureau, sans aucune part manuelle. Dès qu’ il y a une part manuelle, c’ est un métier manuel. On voit qu’ il y a une énorme différence entre un métier purement manuel( l’ ouvrier sur sa chaîne de production qui réfléchit à peine) et un métier « à part manuelle », comme on le pratique. Il y a un savoir-faire: c’ est ce que l’ on apprend en diplôme de niveau 3. En CAP, on apprend les savoir-faire simples. Mais ensuite, c’ est une résolution de problématiques multiples. Travailler sur un chantier, c’ est résoudre cinq ou six données différentes. C’ est résoudre l’ approvisionnement des matériaux, l’ accès à l’ énergie qui commence à tirer un peu, la coordination avec les autres corps d’ état et la gestion de l’ eau qui commence à tirer sur les chantiers.
C’ est bien un métier « à part manuelle », parce que c’ est énormément de réflexion. Quelqu’ un qui vient d’ avoir son niveau 3, son CAP, est dans l’ exécution. Très rapidement, même avec un diplôme minimal, au bout de quelques années,
M. Le Bihan.
C’ est toute la valorisation de l’ amont, avant l’ action. Je reprends les mots d’ Hervé ce matin: « lier la main et l’ esprit ». Je retrouve tout à fait cela dans ce que tu dis.
M. Marmonier. C’ est cela. L’ esprit turbine à plein régime.
M. Le Bihan.
Merci, Laurent. Ce que tu dis sur les orienteurs, cela me fait penser au premier exemple, bonne pratique ou pratique inspirante qui est mise en lumière par Marina, cheffe de projet R & D chez les Compagnons du Devoir. Tu portes le projet Manufacto, qui touche indirectement les orienteurs et s’ oriente auprès des jeunes, voire des très jeunes. Peux-tu nous parler de ce projet Manufacto?
Mme Becerra.
Le programme Manufacto existe depuis 2016. C’ est programme de sensibilisation aux métiers de la main en milieu scolaire, qui est porté par la Fondation d’ entreprise Hermès, en partenariat avec les Compagnons du Devoir. Il s’ adresse à des élèves du CM1 à la seconde et a pour objectif de présenter ces métiers à ces élèves. Pour le moment, 4 métiers sont représentés dans Manufacto: la menuiserie, la maroquinerie, la sellerie-garnissage et la plâtrerie.
Comment cela se passe-t-il concrètement? Les élèves ont 12 séances, à l’ école, pour fabriquer un objet de A à Z, conçu en amont par un studio de design, BrichetZiegler. Pendant ces 12 séances, ils sont accompagnés par un trio de professionnels: un artisan, un assistant qui généralement a un profil un peu plus créatif( des étudiants issus d’ une filière artistique, école d’ arts appliqués ou architecture) et l’ enseignant, pour permettre à ces enfants d’ acquérir certains gestes du métier. C’ est un premier contact avec différentes matières. L’ idée est de repartir, à l’ issue de ces 12 séances, avec un objet fini, fabriqué par eux.
107 COLLOQUE- LA PIERRE, UN CHOIX SOCIÉTAL