261016 - Journal #360 v7 web | Page 7

[ transmission ] compagnons 7 tefois observé un véritable déclic lorsque les pièces ont commencé à prendre forme. En voyant l’ arrosoir se construire étape après étape, ils ont compris que leur travail avait du sens et qu’ ils étaient capables de fabriquer un objet de qualité de leurs propres mains.
La principale différence avec l’ enseignement auprès de jeunes en apprentissage réside dans le fait que des élèves de collège découvrent un univers et un métier qu’ ils connaissent peu. Avec les apprentis, qui ont souvent un âge proche, nous approfondissons des compétences déjà mises en pratique en entreprise.
Cette expérience m’ a ainsi permis d’ apprendre à transmettre à un public différent, qui n’ a pas forcément vocation à exercer ce métier. J’ ai ainsi dû adapter ma manière d’ expliquer, ce qui me sera également utile avec mes apprenties et apprentis.
Avec les collégiennes et collégiens, il faut avant tout leur donner un cadre, éveiller leur curiosité et leur montrer qu’ ils sont capables de réaliser quelque chose de concret malgré le temps limité. En tant que formateur, il s’ agit davantage de susciter l’ envie que de rechercher la performance, comme on pourrait le faire avec des apprenties et apprentis. Tout jeune motivé possède une grande capacité à assimiler les techniques et les gestes qu’ on lui montre.
Ce projet m’ a rappelé qu’ un métier transmet bien plus que des compétences techniques. Le travail manuel développe la patience, la précision, l’ entraide et la confiance en soi. En tant que formateur, cela m’ encourage à toujours partir du concret et à faire vivre l’ apprentissage à travers des projets porteurs de sens, qui motivent les jeunes en apprentissage à progresser tant sur le plan technique qu’ humain.
Une leçon réciproque Je me souviendrai de l’ investissement des jeunes et l’ ambiance de travail qui s’ est installée au fil des journées. Chacun et chacune a trouvé sa place dans le projet, les échanges étaient naturels et une réelle satisfaction accompagnait chaque étape. Ce n’ était pas évident au départ, mais tous ont relevé le défi.
Voir ces élèves mener à bien un projet développé sur plusieurs mois et le transformer progressivement en un arrosoir fonctionnel restera un moment marquant, en particulier lorsque l’ on perçoit la fierté et la gratitude dans leur regard.
Je retiendrai également de la collaboration avec les designers la complémentarité entre l’ idée et la pratique, entre le cerveau et la main. Chacun a apporté sa pierre à l’ édifice. C’ est précisément ce que nous cherchons à transmettre aux jeunes: l’ importance du dialogue et de la coopération, où chacun contribue, grâce à ses compétences, à un objectif commun.
SI L’ OBJET ACHEVÉ EST UN OBJECTIF, CHAQUE ÉTAPE DE SA FABRICATION EST UNE OPPORTUNITÉ DE DÉCOUVERTES ET DE RENCONTRES.
Je recommencerais sans hésiter, à condition que le temps me le permette, car ce projet demande de l’ investissement. C’ est une belle occasion de montrer que les métiers manuels mobilisent précision, réflexion et créativité. Si cette expérience peut donner envie à certains jeunes de s’ intéresser à ces métiers ou simplement leur faire découvrir le plaisir de fabriquer un objet de leurs mains, alors elle aura pleinement atteint son objectif. �
Lisa, élève en classe de cinquième à Noisy-le-Sec en 2025 / 2026:
Ce qui m’ a le plus plu dans cette expérience: J’ ai beaucoup aimé souder. C’ était la première fois que j’ utilisais un chalumeau et j’ ai trouvé cela amusant de pouvoir assembler deux pièces. J’ ai aussi apprécié de percer le cuivre pour fabriquer le bec de l’ arrosoir. Nous devions d’ abord dessiner les points et ensuite les percer: j’ ai choisi un motif circulaire.
© Margaux Senlis / Fondation d’ entreprise Hermès
Une collégienne trace le fond de l’ arrosoir au compas.
Ce qui m’ a obligée à me dépasser: Le plus difficile était de scier le métal, car il fallait beaucoup de force: les adultes se sont chargés d’ effectuer le début de cette étape pour chaque jeune présent. D’ ailleurs, l’ équipe de la Fondation et des Compagnons ont décidé de la supprimer.
Mon ressenti à la finalisation de l’ arrosoir: J’ étais heureuse d’ avoir réussi à terminer l’ objet et qu’ il soit beau. J’ étais fière d’ avoir fabriqué un arrosoir moi-même. Avant de l’ utiliser chez moi, il me restait une dernière étape de ponçage à faire, car nous n’ avions pas eu le temps de finir. Aujourd’ hui, je l’ utilise régulièrement et je le trouve aussi beau que pratique pour arroser mes tomates. �
# 360 / Septembre- octobre 2026