[ expérience ] compagnons 21
L’ INCLUSION CHEZ LES
Compagnons du Devoir
Pendant quatre ans, Lauryane Tassigny, docteure en Sciences de gestion de l’ université Paris- Dauphine PSL, a mené une recherche au sein de l’ association, dans le cadre du programme gouvernemental « 100 % inclusion ». Cette immersion lui a permis d’ étudier les pratiques d’ accompagnement de jeunes éloignés de l’ emploi et de la formation, tout en contribuant à leur évolution.
E ntre 2020 et 2024, j’ ai eu la chance de mener ma thèse auprès des Compagnons du Devoir, dans le cadre de la mise en œuvre du projet gouvernemental « 100 % inclusion » relevant du PIC( plan d’ investissement dans les compétences). Cette immersion m’ a permis de vivre une expérience unique: celle d’ observer au plus près les pratiques d’ accompagnement des jeunes en rupture, très éloignés de l’ emploi et de la formation et de proposer des évolutions pour faire avancer l’ expérimentation en collaboration avec les acteurs du terrain. Plus qu’ un simple terrain de thèse, ce fut une véritable plongée dans le quotidien des maisons, à Paris comme en région, aux côtés des jeunes et de celles et ceux qui les accompagnent.
Accompagnés par leurs formateurs, de jeunes participants découvrent les gestes de la serrurerie lors des journées de découverte des métiers organisées dans le cadre du programme Inclusion.
POURQUOI LES COMPAGNONS ONT-ILS PORTÉ CE TRAVAIL? Si les Compagnons ont choisi d’ ouvrir aussi largement leurs portes à ce travail de recherche, ce n’ est pas un hasard. L’ inclusion de jeunes en rupture scolaire, très éloignés de l’ emploi, rejoignait directement leur mission sociétale et leurs valeurs- l’ entraide, la fraternité- qui irriguent le compagnonnage depuis ses origines. Au-delà de cet ancrage dans leur ADN, les Compagnons cherchaient aussi, à travers le projet « 100 % inclusion », à diversifier les publics accueillis dans leurs formations, avec l’ ambition que cette ouverture favorise ensuite des départs sur le Tour de France. On y devine, en filigrane, une forme de logique de réciprocité: nous t’ avons accompagné, tu as trouvé chez nous une seconde famille, à toi maintenant, si tu le souhaites, de t’ engager à ton tour pour la communauté.
UNE SECONDE FAMILLE SUR UN TERRAIN EXIGEANT ET PLEIN D’ HUMANITÉ Comme les jeunes que j’ ai pu suivre tout au long de cette recherche, j’ ai moi-même ressenti sur le terrain cette dimension de seconde famille. Ce travail de thèse a été exigeant: il fallait gagner la confiance des communautés et comprendre de l’ intérieur les pratiques d’ accompagnement. Mais il a aussi été profondément humain. J’ ai partagé le quotidien des formateurs, des prévôts, des équipes socio-éducatives; j’ ai vu des personnes changer d’ avis sur l’ inclusion, tester de nouvelles pratiques, parfois se tromper avant d’ ajuster, et surtout prendre ce sujet à bras le corps avec une sincérité qui m’ a profondément marquée. Cette immersion m’ a appris qu’ une recherche menée avec le terrain, et pas uniquement sur le terrain, peut nourrir une transformation réelle.
DE LA THÈSE AU LIVRE: UN EXERCICE DE TRADUCTION Passer de quatre années d’ observation à un texte n’ a pas été un exercice facile. J’ ai souhaité transmettre, au-delà du cercle académique, cette démarche d’ apprentissage organisationnel par
# 360 / Septembre- octobre 2026