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[ ouverture ] compagnons 13
Cette expérience m’ a appris qu’ il ne faut pas s’ approprier une culture, mais chercher à la comprendre.
UNE ANNÉE QUI TRANSFORME Derrière ces expériences enrichissantes, cette année a aussi représenté un défi personnel.
Fouilles archéologiques du théâtre antique en Grèce.
La langue que je ne parlais pas, les démarches administratives ou encore mes recherches difficiles d’ un logement m’ ont régulièrement obligée à sortir de ma zone de confort et à me faire confiance. Je me suis souvent retrouvée seule à devoir trouver des solutions, en m’ appuyant notamment sur la bienveillance des enseignants.
Au-delà des compétences acquises, cette année m’ a permis d’ explorer trois dimensions complémentaires de mon métier: le passé, avec l’ archéologie; le présent, avec les outils numériques; le futur, avec la recherche.
Pose de la coupole mamelouke sur le chantier en Égypte. Excursion à la Grande Pyramide de Gizeh.
UNE AVENTURE SCIENTIFIQUE ET HUMAINE EN ÉGYPTE Dans le cadre d’ un partenariat entre l’ université polytechnique de Bari et l’ université française d’ Égypte, j’ ai secondé Clara Romano, doctorante en architecture à Bari, sur un chantier expérimental en Égypte, qui restera l’ un des temps forts de cette expérience internationale. Pendant trois mois, j’ ai coconçu et taillé une coupole mamelouke. Ce projet s’ inscrivait dans les recherches menées à Bari autour de la stéréotomie contemporaine, sous l’ impulsion de Giuseppe Fallacara et de son équipe.
Nous avons taillé 128 pierres dans des conditions parfois exigeantes. Les blocs provenaient de carrières situées près de Gizeh, encore exploitées aujourd’ hui, d’ où ont été extraites les pierres de parement des pyramides. Le chantier mobilisait deux ouvriers égyptiens et était coordonné par Philippe Bastide, Avignonnais La Fraternité d’ Angers, Compagnon installé en Égypte et professeur d’ architecture à l’ Université française du Caire. Noé, dit Martiniquais, et
Enzo, dit Vendéen, tous deux itinérants tailleurs de pierre effectuant leur année à l’ international, se sont joints à nous en cours de route.
L’ objectif consistait à concevoir une coupole, mêlant stéréotomie contemporaine et techniques inspirées de l’ architecture mamelouke, dont certaines semblent aujourd’ hui perdues. Nous avons étudié des archives spécialisées et expérimenté différentes hypothèses de construction. Même si toutes les méthodes employées à l’ époque n’ ont pas encore été retrouvées, cette démarche de recherche appliquée s’ est révélée passionnante.
Le projet s’ est conclu par un workshop réunissant étudiantes et étudiants, artisanes et artisans ainsi que des architectes venus de plusieurs pays européens. Pendant une semaine, toutes et tous se sont initiés à la taille de pierre tout en découvrant la stéréotomie contemporaine grâce aux conférences organisées. La coupole a ensuite été exposée dans un ancien palais mamelouk du Caire.
Cette année a confirmé mon intérêt pour une pratique du métier qui associe recherche, innovation et travail de terrain. Je me vois difficilement exercer uniquement derrière un écran ou dans un bureau d’ études.
Aujourd’ hui, je mesure à quel point cette année a été structurante. Intense, parfois déstabilisante, elle m’ a permis de mieux comprendre mon métier. Elle m’ a également donné encore davantage envie de voyager. Le Tour de France m’ avait déjà appris à porter un regard différent sur les territoires que je traversais.
Ce séjour à l’ étranger m’ a montré combien la découverte d’ autres cultures oblige à remettre en question ses certitudes, à porter un regard humble sur sa propre pratique et à observer son métier avec davantage de recul. �
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
Pour candidater au cursus de l’ université de Bari, rapprochezvous de votre responsable d’ institut de métier.
# 360 / Septembre- octobre 2026