260710 - Journal #359 web | Page 4

4
© Charles Chevrot en définitive, la question n’ était pas tant le risque de leur faire confiance … que celui de ne pas le faire?
La gouvernance associative joue un rôle essentiel: elle fixe un cap, donne une cohérence, garantit une continuité. Mais un cap, aussi clair soit-il, peut-il exister sans être vécu par ceux qui en sont les acteurs? Car, entre la vision et sa mise en œuvre, il y a toujours une transformation. Ce sont ceux qui agissent au quotidien— et notamment les plus jeunes— qui traduisent cette vision en réalité, qui l’ ajustent, qui parfois même la prolongent au-delà de ce qui avait été envisagé.
Dès lors, la question évolue: ne s’ agit-il plus seulement de transmettre … mais de partager l’ élaboration même de ce qui doit advenir? Jusqu’ où guider, jusqu’ où laisser faire? Faut-il encadrer davantage ou créer les conditions pour que d’ autres formes d’ initiatives émergent? Peut-on sincèrement réinterroger un cadre ou au moins l’ inscrire dans un dialogue?
Une association se construit dans le temps long. Elle porte une histoire, des valeurs, une identité. L’ enjeu réside dans notre capacité à proposer une évolution fidèle. Jusqu’ à quand une association peut-elle avancer sans associer pleinement sa jeunesse à ses choix? Et, à l’ inverse, que pourrait-elle devenir si elle acceptait, progressivement, de faire une place
plus large à d’ autres manières de voir, de décider, d’ agir? Une association avance par ajustements, par essais, par regards croisés.
IMAGINEZ UN INSTANT UNE INSTANCE DÉCISIONNELLE OÙ LES JEUNES, AVEC LEURS DOUTES ET LEUR MANIÈRE DE VOIR LE MONDE, CÔTOIERAIENT À ÉGALITÉ LES PLUS EXPÉRIMENTÉS.
Il s’ agirait simplement d’ ouvrir un espace, un espace où l’ expérience continue d’ éclairer, mais où la confiance permet aussi d’ essayer. Donnons franchement une place aux jeunes dans nos prises de décision, pas seulement une place symbolique, pas seulement une place encadrée, une vraie place. Avec ce que cela implique … de confiance, de responsabilité … et, peut-être aussi, d’ incertitude. Le sujet n’ est pas de savoir si les jeunes sont prêts, mais de comprendre ce que leur regard apporte … précisément parce qu’ il est différent.
Le regard expérimenté peut donner du cadre aux institutions naissantes, mais dans un contexte plus mature, le regard novice peut redonner du mouvement à des cadres devenus trop étroits. Imaginez un instant une instance décisionnelle où les jeunes, avec leurs doutes et leur manière de voir le monde, côtoieraient à égalité les plus expérimentés.
Un regard qui sécurise … et un regard qui explore. Un regard qui structure … et un regard qui questionne. Un regard qui sait … et un regard qui cherche.
Pris séparément, chacun a ses limites, mais ensemble ils deviennent puissants. La question n’ est donc pas de savoir s’ ils sont prêts, mais plutôt, sommes-nous prêts? Le risque n’ est pas d’ essayer, mais il est sans doute de continuer à décider sans eux.
La jeunesse est une forme de disponibilité intellectuelle. Ne pas savoir exactement comment il « faut » faire, c’ est parfois ne pas être contraint par les habitudes. Ne pas avoir encore accumulé de certitudes, c’ est octroyer la place au questionnement. Ne pas mesurer tous les précédents, c’ est pouvoir envisager d’ autres possibles ou une manière différente d’ entrer en relation avec le réel.
Bruno Thys-Helbert Île-de-France Cœur Loyal le Soutien du Tour de France
Conseiller au Secrétariat
# 359 / Juillet- août 2026