3 perspectives
FAIRE CONFIANCE À LA JEUNESSE, ENCORE PLUS...
F aire confiance fait partie de notre fonctionnement. Accueillir les jeunes, leur montrer le chemin vers l’ Adoption, puis la Réception, en leur confiant progressivement des responsabilités, est une forme d’ organisation qui nous distingue souvent des autres organismes de formation ou associations. Il est cependant des interrogations qui traversent silencieusement la vie des associations.
Faut-il donner davantage de place aux jeunes? Leur confier des responsabilités plus larges? Voire, leur ouvrir véritablement les espaces de décision?
À ces questions s’ en attachent souvent d’ autres, plus implicites: et s’ ils se trompaient? Leur regard est-il suffisamment construit? Et s’ ils allaient trop vite? Et si l’ équilibre construit au fil des années venait à vaciller? Et s’ ils embarquaient l’ association dans la mauvaise direction?
Derrière ces doutes, il y a moins une défiance qu’ une vigilance forgée par l’ expérience. Cette prudence, ces préoccupations ne sont pas sans fondement. Elles traduisent une forme d’ attention à ce qui a été bâti, une volonté de préserver ce qui fonctionne. Mais elles reposent peut-être sur une distinction trop simple entre maturité et immaturité, comme si l’ une garantissait la justesse et l’ autre l’ incertitude. Or, la réalité est sans doute plus nuancée.
Les erreurs ont-elles un âge?
On associe volontiers la fougue à la jeunesse et la mesure à l’ expérience. Avec le temps, l’ expérience s’ accumule. Elle affine les analyses, éclaire les choix, permet d’ anticiper certains écueils. Elle constitue, sans conteste, l’ un des piliers de la solidité associative.
LES JEUNES D’ AUJOURD’ HUI NE REFUSENT PAS L’ ENGAGEMENT, ILS CHERCHENT DU SENS, DE LA PARTICIPATION RÉELLE, UNE CAPACITÉ D’ AGIR.
Mais cette maturité, qui sécurise, peut aussi orienter les perceptions. Elle s’ appuie sur ce qui a déjà été éprouvé, sur des repères construits dans des contextes passés. Elle privilégie ce qui a fait ses preuves. Faut-il y voir une limite? Car ce qui rassure peut aussi, parfois, freiner l’ exploration. Ce qui est maîtrisé peut rendre plus difficile l’ accueil de ce qui ne l’ est pas encore. Non par refus, mais par souci de cohérence.
Une décision inadaptée naît-elle seulement d’ un manque d’ expérience? Ou peut-elle, tout autant, résulter d’ une certitude installée, d’ habitudes devenues invisibles ou d’ une lecture de la réalité qui n’ a pas été actualisée?
Les années apportent des repères, bien sûr. Mais elles peuvent aussi, parfois, rendre plus difficile le déplacement du regard. Sans nous en rendre compte, ce que nous avons appris devient aussi une façon de voir le monde. À l’ inverse, les plus jeunes ne disposent pas toujours de ces repères, mais ils interrogent davantage. Ils explorent. Ils testent. Leur approche peut sembler incertaine; elle est aussi, souvent, plus ouverte.
Dès lors, faut-il opposer ces deux attitudes … ou reconnaître qu’ elles se complètent? Ce regard mature suffit-il, à lui seul, à appréhender des réalités en évolution rapide?
Une association peut-elle se penser sans celles et ceux pour qui elle a été destinée?
Le fonctionnement de notre association met la jeunesse à distance de nos lieux de décision.
Les jeunes d’ aujourd’ hui ne refusent pas l’ engagement, ils cherchent du sens, de la participation réelle, une capacité d’ agir. Si cette attente ne trouve pas sa place, que se passet-il? L’ association continue-t-elle simplement son chemin … ou commence-t-elle, peu à peu, à se refermer sur elle-même? Et si,
# 359 / Juillet- août 2026