[ ouverture ] compagnons 17
PENSER LA DÉCARBONATION DÈS LA CONCEPTION Comme nous l’ avons aperçu lors de cette première phase, c’ est en agissant concrètement que nous ferons la différence. Ainsi, ce projet n’ aurait pas pris sens sans un travail réalisé en commun, entre itinérants chaudronniers et futurs ingénieurs. Les plans nous ont été fournis par une entreprise de chaudronnerie, dans le but de revisiter la conception et les méthodes de réalisation d’ une pièce fabriquée dans ses ateliers. Il nous revenait ensuite de la réaliser telle que nous l’ avions conçue.
Le cahier des charges exigeait que la pièce réalisée, une trémie de conditionnement d’ acide, ait une empreinte carbone plus faible que la précédente, tout en gardant la même fonctionnalité, les mêmes dimensions et les mêmes caractéristiques mécaniques. Nous avons donc
commencé par l’ étude des plans qui nous ont été fournis et l’ identification de trois axes d’ amélioration possibles.
Une fois ce travail préliminaire effectué, trois groupes se sont formés, mélangeant itinérants et étudiants, pour déterminer des solutions en fonction des axes définis précédemment. Un groupe a travaillé sur la conception même de la pièce, en changeant la forme des éléments qui la constituent, pour faciliter sa fabrication et diminuer la quantité de matière utilisée. Le deuxième groupe, quant à lui, s’ est penché sur la question de l’ usure des éléments constituants. Il a créé une conception dans laquelle les pièces principalement sensibles à l’ usure pourraient être remplacées, plutôt que de changer la totalité de la trémie. Enfin, le dernier groupe s’ est concentré sur la facilitation et l’ optimisation des méthodes de fabrication: avec un processus de réalisation plus simple et rapide, moins de ressources énergétiques( matière et électricité essentiellement) sont gaspillées.
En termes de répartition de la charge de travail, les ingénieurs ont géré le lien avec l’ entreprise référente, notamment pour obtenir des informations supplémentaires sur leurs moyens et méthodes de fabrication. Les itinérants, en relation avec leur formation, ont effectué l’ amélioration de la conception de la pièce, en fonction des axes d’ amélioration définis.
La conception et la préparation de la fabrication ont été réalisées en 3D. Les étudiants ingénieurs se sont ensuite basés sur nos conceptions pour calculer la résistance de la pièce au cours du temps( analyse du cycle de vie), ainsi que pour déterminer le matériau et l’ épaisseur optimale de tôle utilisée pour la fabriquer.
« EN QUOI EST-CE IMPORTANT DE SENSIBILISER LES JEUNES À CES PROBLÉMATIQUES? NOUS LE SAVONS, NOTRE PLANÈTE N’ EST PAS ÉTERNELLE ET IL FAUT LA PRÉSERVER. […] CE SONT LES JEUNES GÉNÉRATIONS ACTUELLES QUI SERONT DEMAIN LES MAÎTRES DE CET ENVIRONNEMENT-LÀ […] »,
Wilnick Piriou, responsable de l’ IMCTI.
PLACE À LA RÉALISATION Initialement, nous devions fabriquer la trémie de conditionnement en acier inoxydable, car même si son empreinte carbone propre est plus élevée, il est plus résistant à la rouille et donc résistant dans le temps. Toutefois, pour des raisons économiques, et étant donné que la pièce fabriquée par nos soins n’ allait pas être utilisée, nous avons choisi de la réaliser en acier.
Les dernières rencontres avec les étudiants de Junia ont eu lieu au sein de l’ atelier de la maison de Villeneuve-d’ Ascq. Après une première visite pour présenter notre parc machines et les règles de sécurité, les itinérants se sont réparti les tâches en fonction de leurs compétences et ont fait de leur mieux pour les transmettre aux futurs ingénieurs. Ces derniers ont pu se familiariser avec nos machines et avec la soudure, ce qui leur a permis de nous aider.
Trémie optimisée assemblée.
Le Défi de la Décarbonation a été une expérience très instructive et bénéfique: nous avons beaucoup apprécié la sensibilisation à la consommation responsable et les échanges avec les différents intervenants. Cependant, nous regrettons le manque d’ interaction entre les itinérants et les ingénieurs.
En effet, il aurait été préférable d’ accompagner ces derniers dans le calcul de l’ analyse de cycle de vie et la résistance des matériaux, pour un meilleur échange d’ expertise, tout en nous permettant de l’ intégrer à nos conceptions. Le passage à l’ atelier a été une grande découverte pour eux et nous a donné l’ opportunité d’ apprendre à communiquer et à transmettre nos savoir-faire aux étudiants.
Ce projet nous a apporté, en tant que chaudronniers, des clefs pour envisager notre futur, de façon plus neutre d’ un point de vue environnemental. Nous gardons en tête que des solutions concrètes s’ offrent à nous dans la conception et la fabrication de pièces chaudronnées dans nos entreprises, ainsi que dans nos décisions personnelles de consommation. Nous n’ attendons pas pour les mettre en place. Cette dynamique guide désormais nos réflexions et nos choix, que ce soit en formation ou en entreprise.
Noah Duvignac Bordelais
Violaine Lecocq Champagne
Aspirants chaudronniers
# 358 / Mai- juin 2026