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22 compagnons [ dépassement ]
© Atypix
© Atypix
Ferme diagonale.
Détail du raccord de la flèche avec les huit versants.
complexité des assemblages rendaient la tâche particulièrement délicate. Sans entrer dans les détails, c’ est grâce à la réalisation des épures numériques et aux tracés au sol que nous avons pu retrouver avec précision les assemblages d’ origine.
À certains endroits, les empilements étaient tels que tout semblait se confondre. Mais c’ était fascinant, vraiment incroyable! L’ ensemble était d’ une grande complexité, tout était chevillé selon la technique dite « à tire » et, par endroits, boulonnés pour permettre un resserrage optimal.
Le levage a été une opération très délicate, réalisée en l’ absence de vent. Nous avons travaillé dans deux ateliers communs: ici, à Thouars, et dans l’ Est de la France. Nous avons effectué des montages à blanc: assemblé, démonté, puis remonté sur place. Ce sont des milliers d’ heures de travail passionné, acharné, sublimé par l’ engagement de chacun.
UNE AVENTURE COLLECTIVE Oui, c’ est considérable: chez Asselin, 20 charpentiers ont été mobilisés pendant 18 mois.
Chaque entreprise impliquée comptait à peu près le même effectif engagé, ce qui représentait au total environ 60 charpentiers. La réussite est au rendez-vous, car dans notre pays le savoir-faire existe
© Jacques Naïmi
Poinçon et contreventement au niveau du tabouret.
toujours. Lorsque Notre-Dame a brûlé, nous avons entendu certaines voix dire que nous n’ avions plus les savoir-faire, plus de bois …
Premièrement, on s’ est enfin aperçu que le savoir-faire existait toujours et que les Compagnons jouaient un rôle primordial dans sa transmission. Deuxièmement, la forêt française est de qualité: les prélèvements réalisés pour Notre-Dame ne représentent que 0,1 % de la ressource annuelle.
Notre-Dame a été un véritable aimant à talents: j’ ai reçu des candidatures que je ne reçois pas habituellement. Même depuis le Pérou, des personnes manifestaient leur envie de travailler sur la cathédrale! Nous avons trouvé les hommes et les compétences étaient bel et bien là. Mais, si demain on cesse d’ investir dans la restauration du patrimoine, ce sera la fin pour nous. Nous disparaîtrons et, avec nous, les savoir-faire qui font la richesse de ces métiers.
Il existe d’ autres flèches de cathédrales en France, comme celle de Dijon, qui nécessitent elles aussi une restauration. Notre-Dame est une vitrine précieuse pour les métiers, pour nous, mais aussi pour la France. C’ est essentiel, car nous avons ressenti une véritable reconnaissance de la part de la maîtrise d’ œuvre et des commanditaires.
UN SYMBOLE POUR L’ AVENIR J’ ai beaucoup apprécié que la maîtrise d’ œuvre mette en lumière les savoir-faire. À ce titre, je trouve que le projet est une vraie réussite. On a dit: « C’ est grâce au savoir-faire des Compagnons » et j’ ai trouvé cela remarquable. Tout le monde a compris que la réussite de Notre-Dame était le fruit du travail des mains de tous.
Nous avions un objectif à atteindre en cinq ans et, pour moi le premier, je dois l’ avouer humblement, c’ était un véritable défi. Alors, on s’ est retroussé les manches et on s’ est dit: « On va y arriver! » La maîtrise d’ œuvre a été remarquable et l’ impact du chantier a largement dépassé nos frontières.
Cela me rassure, car malgré les difficultés que traverse notre pays, nous pouvons nous appuyer sur ces jeunes— et moins jeunes— ouvriers qui se sont dépassés. Ils resteront marqués à vie par cette expérience. Ils pourront dire fièrement: « J’ y étais! » Il faut mettre en lumière ces valeurs. Nous avons les compétences et notre savoir-faire est envié dans le monde entier.
Pour notre entreprise, Asselin, l’ activité aux États-Unis représente environ 15 % de notre chiffre global. L’ expérience de Notre-Dame, elle se partage. Tout le monde s’ est identifié au projet. Il s’ est vraiment passé quelque chose d’ exceptionnel. Oui, comme on le dit parfois, c’ est la « magie de Notre-Dame ». Il ne faut pas tout mélanger, bien sûr, mais le volet spirituel était très présent. Je peux vous assurer que tous les Compagnons avaient à cœur de bien faire.
Laurent Cerf Laurent l’ Angoumois
Compagnon menuisier
# 354 / Octobre 2025
Nos remerciements à M. Asselin et Jacques Naïmi, Liégeois Coeur Joyeux, Compagnon charpentier, mobilisé plusieurs mois sur le chantier de Notre-Dame, pour nous avoir mis à disposition ces photos.