250711 - Journal #351 - V6 web | Page 3

3 perspectives

MIEUX ACCUEILLIR LA JEUNESSE D’ AUJOURD’ HUI

L ors de nos dernières Assises, nous avons souhaité prendre un temps de réflexion, que nous avons intitulé « Moment“ matière à penser” », non pas pour dresser un catalogue de solutions, mais bien pour interroger ensemble notre modèle d’ accueil.

« Prenons un temps pour parler d’ un sujet aussi concret que stratégique pour l’ avenir et l’ évolution de notre mouvement: notre manière de faire communauté avec les jeunes que nous accueillons aujourd’ hui ». Ces mots, prononcés lors de mon introduction, résonnent encore, tant ils posent la question centrale: notre modèle parle-t-il toujours à cette jeunesse hyperconnectée et parfois isolée?
Cette jeunesse, désormais comprise entre 17 et 28 ans, marquée par une autonomie sans précédent, mais aussi par une précarité croissante, cherche un récit commun et un lieu d’ appartenance. Le numérique, outil d’ émancipation, ne peut remplacer le lien humain: l’ accès direct aux savoirs en ligne ne saurait se substituer à l’ échange de gestes et à la présence, dans nos ateliers, de plusieurs générations d’ ouvriers. Mais est-ce à dire qu’ il faut refuser tout progrès?
C’ est dans cette volonté d’ interrogation que nous avons invité Béatrice Decoop, sociologue spécialiste de la jeunesse, à dresser une description à la fois précise et plurielle des jeunes que nous sommes amenés à rencontrer. Elle a été suivie de l’ intervention d’ Hugo Paul 1, « explorateur de communautés », afin de nous éclairer sur ce qui définit une communauté. Il a d’ ailleurs écrit un ouvrage intitulé Faire tribu.
CETTE JEUNESSE, DÉSORMAIS COMPRISE ENTRE 17 ET 28 ANS, MARQUÉE PAR UNE AUTONOMIE SANS PRÉCÉDENT, MAIS AUSSI PAR UNE PRÉCARITÉ CROISSANTE, CHERCHE UN RÉCIT COMMUN ET UN LIEU D’ APPARTENANCE.
Béatrice Decoop nous a rappelé que « la tradition ne se transmet pas en l’ enfermant, mais en la faisant palpiter dans chaque échange », tandis qu’ Hugo Paul mettait en garde contre « les rituels vidés de sens, qui se muent en routines sans âme ». Ces constats posent un double défi: comment concilier l’ attachement à nos fondamentaux et l’ impératif d’ adaptation?
Pour avancer, n’ est-il pas nécessaire d’ interroger d’ abord l’ ampleur de l’ écart entre le monde que nous connaissons et celui que ces jeunes habitent? Ils naissent dans un univers où 37 % prolongent leurs études jusqu’ au bac + 3 et plus, où un tiers court un risque anxiodépressif et un sur sept traverse une détresse sévère. Qui, parmi nous, a vraiment mesuré cette dissonance avant de tendre la main? Quels repères avons-nous conservés pour accueillir leur fragilité et leur désir d’ autonomie?
Ce questionnement nous conduit à reconsidérer nos pratiques d’ accueil et d’ accompagnement. Bien sûr, il ne s’ agit pas de dresser ici le constat d’ une institution en panne ni d’ une incapacité à réussir avec les jeunes: nos partenaires et différentes parties prenantes nous disent régulièrement leur admiration et certains pourraient même nous envier. Cependant, pouvons-nous nous satisfaire de ne réussir qu’ avec si peu? Depuis quelques décennies, nous avons augmenté le nombre de jeunes entrants sans pour autant accroître nos effectifs de Compagnons.
Ces observations devraient nous amener à interroger le sens de nos rituels: ces moments forts valent-ils encore leur pesant d’ émotion si le jeune n’ y trouve pas sa voie? Ces passages, souvent vécus comme de simples examens, sont-ils à la
# 351 / Juin 2025