18 compagnons [ dépassement ]
Lors de la journée de correction en avril 2024.
Après avoir mis un gros coup de collier, soit 505 heures de travail au lieu des 565 h prévues initialement, j’ ai terminé juste à temps, avant l’ arrivée des anciens le jour de la correction. Étant très pointilleux et ne voyant que les défauts de la maquette, je l’ appréhendais! Les anciens m’ ont interrogé sur les méthodes que j’ avais employées et les problèmes que j’ avais dû solutionner. Rétrospectivement, ce furent de bons moments.
J’ ai bénéficié de précieux soutiens tout au long de mon projet. Mon parrain de Réception, Kevin Chappard, Franc- Comtois( qui est plus jeune que moi!), répondait à mes questions tout en me laissant très autonome. Je lui envoyais régulièrement des photos pour lui montrer mon avancement. Beaucoup d’ itinérants de tous corps de métiers sont venus me rendre visite ainsi que ma Compagnon responsable pour me proposer une pause. Quelques sédentaires sont venus aussi me saluer de temps à autres. Quand je ne voulais pas être dérangé, j’ affichais un mot sur la porte.
UNE AVENTURE HUMAINE ET PERSONNELLE INTENSE Mon travail de Réception m’ a fait traverser des moments de désespoir( ma sieste sur l’ œil-de-bœuf!), tout comme d’ intenses satisfactions( comme la pose du vitrail dans ce même œil-de-bœuf, l’ un de mes souvenirs les plus marquants). Les sédentaires étaient sceptiques, pensant qu’ un tel ajout n’ était pas possible.
J’ avais contacté pour ce faire une vitrailliste, mais elle ne comprenait pas bien mon souhait. Or, après une visite à son atelier, je suis reparti le soir-même avec celui qu’ elle a réalisé par pure gentillesse. Quel moment de jubilation d’ avoir pu déjouer tous les pronostics! Ce détail décoratif apportait un vrai cachet à ma maquette. Je me souviendrai aussi éternellement de ce Nouvel An improvisé avec d’ autres itinérants à déguster sur l’ établi un risotto mitonné par mes soins!
Ce projet m’ a permis de mieux me connaître: j’ ai compris que j’ étais trop têtu et trop maniaque, ce qui m’ a fait perdre du temps. Les anciens avaient mis le doigt sur ce travers et incité à avancer: j’ avais du mal à accepter que la perfection ne soit pas forcément atteignable. Inversement, je me suis aussi aperçu que j’ avais comme atout ma persévérance.
Ce projet de longue haleine m’ a en outre fait gagner en confiance; un point positif, car aujourd’ hui, je gère mes chantiers. Je sais aussi maintenant faire avec peu. En expliquant mon travail aux itinérants qui venaient me rendre visite, je me suis rendu compte que j’ aimais expliquer les techniques. Cette envie de transmettre m’ a amené à vouloir devenir formateur l’ an prochain.
Mes projets de vie? Ils sont simples: je veux travailler seul à mon compte, afin de privilégier ma vie de famille et garder ma liberté. Ce qui est important pour moi, c’ est de rester fidèle à mes valeurs et à mon propre rythme.
Ce que je pense aujourd’ hui de ma maquette? Sans hésiter, je réponds que je n’ ai pas envie de la revoir. Elle fait sa vie maintenant. Peut-être que j’ apprécierai de retomber sur elle dans quelques années … Ce qui compte à mes yeux, c’ est ce qu’ elle m’ a enseigné.
Aux jeunes qui envisagent de tailler la Réception, je dirais: « Posez-vous les bonnes questions. Pourquoi voulez-vous le faire? Si vous êtes vraiment motivés, parlez-en avec votre corps de métier. Et surtout, n’ ayez pas peur de vous lancer. » Si c’ était à refaire? Je signe à nouveau pour tout le chemin parcouru.
Propos recueillis par Marie-Laure Gendron
# 351 / Juin 2025