[ dépassement ] compagnons 17
Contrôle de l’ aplomb de l’ œil de bœuf.
Détail des moulures et du raccordement avec l’ ardoise. Œil de bœuf en cuivre et laiton achevé. l’ habillage des bandeaux. Il m’ aurait fallu des outils spécifiques, or je n’ avais à ma disposition que des outils manuels. Pour sortir de cette impasse, je devais innover. Mais les premiers résultats se sont montrés décevants: dans quoi m’ étais-je embarqué à vouloir faire des cintres et des arrondis sur toute ma pièce?! Les congés de Noël m’ ont offert un temps de réflexion et permis de prendre du recul. Le Nouvel An fêté avec les itinérants m’ a redonné de l’ allant. Début 2024, j’ avais enfin relevé ce premier défi en totale autonomie.
L’ étape de l’ ardoise au clou gironné s’ est ensuite très bien passée, car je pouvais compter sur mon expérience de ce matériau. L’ avantage de ma maquette était que je pouvais l’ avancer à plusieurs endroits pour varier le travail; je ne suis jamais resté bloqué sur une étape de fabrication. Courant janvier, j’ ai dû faire face à une nouvelle galère avec l’ œil-debœuf, l’ élément clef de la maquette, que je ne parvenais pas à assembler, réessayant jour après jour... Pourtant, ma conception dessinée était impeccable!
J’ avais alors accumulé beaucoup de fatigue. En entreprise, nous étions mobilisés sur un chantier exigeant. Un soir de février, je me suis endormi sur mon œilde-bœuf qui était proche de son achèvement … Résultat: je l’ ai beaucoup abîmé et j’ ai dû le recommencer à zéro! L’ ironie de la situation, c’ est que mon camarade charpentier a aussi cassé sa pièce au même moment et pour la même raison! Il m’ a fallu alors apprendre à m’ écouter et à faire des pauses pour relâcher la pression. Certains soirs, quand je ne me sentais pas d’ attaque, je me consacrais à des tâches moins fatigantes, comme la rédaction du dossier explicatif de mon travail de Réception.
L’ AVANTAGE DE MA MAQUETTE ÉTAIT QUE JE POUVAIS L’ AVANCER À PLUSIEURS ENDROITS POUR VARIER LE TRAVAIL; JE NE SUIS JAMAIS RESTÉ BLOQUÉ SUR UNE ÉTAPE DE FABRICATION.
UNE ADAPTATION NÉCESSAIRE Je me suis réattaqué à l’ assemblage de mon œil-de-bœuf en cuivre et en laiton. Je ne parvenais pas à le souder. J’ ai sollicité l’ aide de nombreux sédentaires maîtrisant à la perfection le cuivre. Ma responsable a, elle aussi, essayé d’ effectuer ces soudures. Rien à faire, personne n’ y parvenait! On suppose que cela venait de l’ alliage d’ une des feuilles. Comme les zones concernées étaient invisibles, à court d’ idées, j’ ai
renoncé à parvenir à la perfection espérée, m’ assurant principalement de la solidité et de l’ étanchéité de l’ ensemble. Heureusement que la réalisation de la jupe en plomb, courant février, a été plus fluide …
J’ ai façonné à la main, en une semaine environ, l’ épi en cuivre à Champs-sur- Marne, lors de plusieurs périodes de stage. Et patatras... nouveau gros coup dur! En pleine nuit fin février, je me suis réveillé avec les mains toutes gonflées. J’ avais tellement mal que j’ ai fait deux nuits blanches d’ affilée. Le neurologue m’ a diagnostiqué un double syndrome du canal carpien avancé et m’ a arrêté trois semaines … Je ne parvenais même plus à serrer mes mains!
J’ étais très inquiet – le neurologue avait même évoqué une reconversion rapide à envisager! – et je ne croyais plus à ma Réception. Après avoir bénéficié d’ infiltrations, j’ ai pu reprendre le travail. J’ avais la gnaque pour rattraper le temps perdu: il ne me restait plus que 25 % du travail à effectuer; je devais poser mon épi et finir ma dernière jupe en plomb. Heureusement, le travail de l’ ardoise qui sollicite le plus les poignets, entre la taille et le clouage, était derrière moi … Mon comparse charpentier ayant terminé avant moi, j’ ai pu m’ étaler dans l’ atelier et me concentrer de manière optimale pour venir à bout des dernières phases.
# 351 / Juin 2025