250410 - Journal #348 - VDEF web | Page 14

14 compagnons [ voyage ]
La paire réalisée par Dauphiné au sein de l’ entreprise.
Alexandre et Dauphiné( au centre) avec les employés du département Montage et semellage lors de leur dernière journée en entreprise.
Dauphiné avec Aki, son formateur pendant une semaine au piquage.
Benoît Naneix, cordonnier-bottier, salarié de la manufacture limougeaude de J. M. Weston. Pendant l’ été, nous avons pris contact pour faire connaissance avant notre départ début octobre. Nous avons eu l’ opportunité de nous rencontrer en septembre, lors de la venue en France des deux lauréats japonais du concours- Chisato, salariée chez un grossiste en cuir, et Kento, travaillant dans un bureau d’ études( au Japon, il n’ existe pas à proprement parler d’ écoles de cordonnerie-botterie)-, à l’ occasion d’ un week-end à Paris, où nous avons effectué de nombreuses visites: au Mobilier national, à la Garde républicaine … L’ un des vendeurs de la boutique J. M. Weston des Champs-Élysées, parlant couramment japonais, nous a servi d’ interprète. Je me suis très bien entendue avec Chisato, qui allait rester un mois dans notre pays avec Kento.
En septembre, j’ ai passé mon temps à m’ inquiéter à l’ idée de me blesser ou de tomber malade et de ne pas pouvoir partir … J’ étais très excitée, car c’ était la première fois que je voyageais hors d’ Europe et il s’ agissait aussi de mon premier vol long-courrier. Je n’ avais en revanche pas d’ appréhension car, sur place, une interprète, Hirumi, serait à nos côtés.
Les objectifs de mon séjour tournaient beaucoup autour de la nourriture, comme manger des onigiris tous les jours dans un konbini! Je voulais manger des sushis à volonté et suivre un cours de cuisine avec un maître sushi. Je désirais aussi bien sûr visiter un maximum de lieux, dont Tokyo qui m’ a impressionnée par sa grandeur lors de l’ atterrissage de mon avion.
UNE EXPÉRIENCE DANS CHAQUE ATELIER L’ entreprise qui nous a accueillis se dénomme Scotch Grain. Fondée par le père de Masakazu Hirokawa, actuel dirigeant, elle réalise des mocassins et des derbies avec des techniques comme le cousu Goodyear. Ses ateliers sont situés loin du centre, mais proches de la plus grande tour de Tokyo, la Skytree. Ils se répartissent sur quatre étages, chacun étant consacré à un stade de fabrication. Notre premier jour de travail, Alexandre et moi accompagnés d’ Hirumi avons rencontré Tatsuro, fils et bras droit de Masazaku, et son père, propriétaire de l’ entreprise qui compte 100 salariés. Ils nous ont offert du thé, un bol et une tasse pour les repas, emmenés visiter la Skytree et conviés à un repas dans un restaurant traditionnel le soir-même. J’ ai eu une impression hyper positive de l’ entreprise, dont les ateliers sont très propres et bien équipés. Ils possèdent des machines de fabrication locale et italienne ainsi que de vieilles machines à coudre que je n’ avais jamais vues en France, difficiles à prendre en main, mais permettant une qualité de point exceptionnelle.
Alexandre et moi cousions des chaussures au niveau de la semelle, comme chez J. M. Weston. Je ne connaissais pas les machines de semelage, à l’ inverse d’ Alexandre qui en utilise de similaires en France. J’ ai surtout été attentive aux techniques de piquage employées, mon domaine de prédilection. Tatsuro nous a proposé de nous fabriquer des chaussures pour nous-mêmes. Nous sommes ainsi allés à la boutique de Scotch Grain pour découvrir le modèle que nous allions réaliser. J’ en ai choisi un inspiré par la Skytree, avec de nombreux empiècements. La coupe a été faite à l’ emporte-pièce, mais nous avons effectué le piquage nous-mêmes.
Chacun de son côté, Alexandre et moi avons changé d’ atelier en fonction de l’ avancement de nos paires. Nous n’ avons pas pu exécuter certaines étapes, ne sachant pas utiliser les machines nécessaires. J’ ai aussi participé occasionnellement à la fabrication d’ autres paires destinées à la vente. Nous avons également parfois été placés sur la ligne de production. De toutes les étapes que j’ ai été amenée à réaliser, seul l’ encollage qui a nécessité plusieurs jours m’ a paru un peu ennuyeux. J’ ai appris avec ravissement une technique que j’ ai hâte de réutiliser: quand on a une coupe franche, les fils du cuir sont rabattus au moment de mettre la colle pour éviter que le bord ne s’ effiloche. En revanche, à mon sens,
# 348 / Février 2025