10 compagnons [ dépassement ]
Élément décoratifs de la maison réalisés à la fonderie de Michel Audiard.
directement avec un fer à souder dans le moule en silicone. Pour obtenir un aspect propre, j’ ai chauffé la surface de la cire avec un décapeur thermique afin de retirer l’ excédent de matière par rapport au plan du moule.
UNE TECHNICITÉ METTANT À L’ ÉPREUVE Ensuite, est venue l’ étape de l’ alimentation de la cire. Cela consiste à fabriquer le réseau, également en cire, qui servira à acheminer le bronze vers la pièce. J’ ai rencontré des complications, notamment pour les pièces très fines comme les garde-corps, l’ imposte et la lanterne du Père Soubise. Pour réussir à faire circuler le bronze dans toutes les volutes, il fallait créer un réseau sur mesure pour chaque pièce et déterminer le nombre d’ alimentations nécessaires pour chaque volute et chaque nœud. Cela a été un véritable défi, nécessitant beaucoup de patience. Il m’ a fallu pas moins de quatre essais pour obtenir des pièces en bronze entières après le décochage.
Pour finir avec l’ étape de la cire, chaque pièce ayant sa propre alimentation est connectée à un jet primaire. Un cylindre en métal est placé par-dessus, dans lequel est coulé du plâtre réfractaire. Une fois le plâtre durci, le cylindre est placé dans un four de décirage et de cuisson. En deux temps, la cire fond et est évacuée du plâtre, puis le moule est cuit pour réduire au maximum l’ humidité présente. La cuisson, réalisée en fonction du diamètre du cylindre, suit un programme précis pour éviter de choquer le plâtre et atteint une température de 800 ° C.
Une fois la cuisson terminée, le moule est prêt à être coulé. Il est retiré encore chaud du four et placé dans une pompe sous vide. Juste avant de couler le bronze dans le moule, une pompe aspire l’ air présent dans le moule. En plus de retirer l’ air, elle permet de tirer le bronze dans les parties les plus fines du moule. Cette technique est notamment utilisée pour les pièces de bijouterie et d’ orfèvrerie. Lorsque le bronze est suffisamment refroidi, on peut décocher le moule et libérer le bronze du plâtre.
Le bronze est ensuite passé au nettoyeur haute pression, puis les pièces sont coupées du jet primaire avec une meuleuse pneumatique. Vient ensuite le travail de ciselure, qui consiste à enlever les bavures, ajuster les pattes des garde-corps à la même longueur et supprimer toutes les imperfections survenues pendant la coulée ou dues au système d’ alimentation. Il y a eu également à ce stade un travail important d’ ajustage des pièces pour les assembler à la façade. Les lucarnes et chaque fenêtre ont été passées minutieusement au tank( ponceuse à bande), puis sur une planche avec du papier à poncer pour obtenir un plan le plus droit possible.
J’ ai opté pour différents moyens d’ assemblage. Le premier que j’ ai expérimenté a consisté à braser des tiges filetées au dos des lucarnes et de la cheminée, puis à percer le toit de la maison pour laisser passer celles-ci et bloquer la pièce avec des écrous carrés, fabriqués par Tourangeau. Les fenêtres, les garde-corps, ainsi que tous les éléments constituant le porche et l’ entrée de la maison ont été soudés avec deux outils de soudage différents: un TIG traditionnel pour les fenêtres, avec des points réalisés sur le dos de la façade, et un appareil découvert à la fonderie Michel Audiard, communément appelé « micro-TIG », principalement utilisé pour souder des pièces extrêmement fines, comme en bijouterie ou en orfèvrerie. Grâce à cela, j’ ai pu assembler et fixer les garde-corps sur la façade avec des points de soudure invisibles, en raison de leurs dimensions.
Une fois toutes ces étapes accomplies, il ne me restait plus qu’ à procéder à la patine. Au début du projet, j’ avais une idée précise de la patine souhaitée pour la pièce. Mais Michel Audiard, mon patron, m’ a fait comprendre que cela desservirait la pièce plutôt que de l’ embellir. Il m’ a suggéré d’ opter pour une patine simple, adaptée à la pièce réalisée qui comportait à la fois des éléments massifs et des éléments très fins et détaillés. La patine suggérée était donc un vert-degris, qui est la patine naturelle du bronze. Pour réaliser la patine, nous recourons à de l’ acide auquel nous allons exposer soit des oxydes de cuivre soit d’ autres métaux purs, afin d’ obtenir la couleur voulue. La réaction chimique s’ obtient après avoir chauffé la pièce avec un chalumeau.
UN SUCCÈS PERMIS PAR UN SOUTIEN MASSIF Au total, ce projet a nécessité 700 heures de travail et l’ appui de près d’ une vingtaine de personnes. Au cours de celui-ci, j’ ai eu l’ occasion d’ aborder divers aspects de mon métier, en utilisant différents procédés et en essayant de nouvelles techniques. Ce travail m’ a permis de concrétiser toutes mes connaissances acquises lors de mon Tour de France. Je réalise tout le chemin parcouru depuis ma première année au Mans, ma demande d’ Adoption, en passant par la licence et le passage en chambre à Lyon, jusqu’ à mon année en tant que boursier à la Fondation de Coubertin.
J’ ai connu de nombreux doutes et moments de remise en question durant les longues heures passées à l’ atelier. J’ ai éprouvé beaucoup d’ inquiétude quant à la réussite de ma maquette. Ces ressentis étaient dus à des problèmes issus de nouvelles techniques que je ne maîtrisais pas encore et pour lesquels je n’ avais pas toujours de réponse. J’ ai été mis plus souvent au pied du mur que je ne l’ avais anticipé. Malgré ces multiples interrogations, je retiens mon profond sentiment d’ accomplissement. Je me souviens encore très bien, alors que je me trouvais confronté à un nouveau problème une semaine avant la correction, qu’ en traversant l’ atelier de la fonderie, j’ avais aperçu la maison presque achevée, avant l’ application de sa patine. À ce moment précis, j’ avais réalisé combien j’ étais content et fier du travail accompli.
Je tiens à remercier l’ ensemble des personnes qui m’ ont conseillé, encouragé, soutenu matériellement et montré leur intérêt pour mon travail. Leur implication à mes côtés a été décisive dans la réussite de ce projet ambitieux.
Gaulthier Cruciani Gaulthier le Lorrain
Compagnon fondeur
# 348 / Février 2025