241211 - Journal #345 - BD | Page 21

[ voyage ] compagnons 21
Meuble réalisé en mukwa , bois local .
Chaise destinée à un hôtel de luxe . Déchargement d ’ une nouvelle raboteuse , tout juste arrivée d ’ Europe grâce aux dons reçus .
toujours tenu à maintenir un haut niveau de qualité : c ’ est ce que recherchent nos clients , même si nos prix sont parfois cinq fois plus élevés que ceux du marché local .
L ’ activité principale de la menuiserie est la réalisation de mobilier intérieur et extérieur , tels que des lits , des tables de chevet , des placards , des penderies , des tables de salle à manger accompagnées de leurs chaises , des canapés extérieurs , des dressings , etc . Pour l ’ ensemble des menuiseries , nous utilisons uniquement des bois provenant des forêts locales , souvent des essences très denses comme le mpapa ou le mukwa . La déforestation reste un problème majeur dans le pays . Nous devons veiller en permanence à la provenance des bois et vérifier qu ’ ils ont été coupés avec autorisation . Pour pallier cette difficulté , le frère François , le responsable du projet , a démarré des plantations d ’ arbres il y a 25 ans . Aujourd ’ hui , il fait planter environ 1 000 arbres chaque année dans la région .
Durant mes deux années passées avec la population locale , j ’ ai beaucoup apprécié leur simplicité de vie . Certes , cela est en grande partie dû à leur pauvreté , mais ils ne sont pas pour autant plus malheureux .
Matthieu Pinguet Matthieu le Bourguignon
Compagnon menuisier
Valentin Simon , dit Bourguignon , Aspirant menuisier
« J ’ ai choisi le continent africain pour mon étape internationale , d ’ abord parce que je ne le connaissais pas , mais aussi parce que la culture et le mode de vie locaux me semblaient intéressants à explorer .
Mon voyage s ’ est fait au jour le jour . À mon arrivée en Afrique du Sud , je me suis installé dans une auberge de jeunesse pour les premières nuits . L ’ accueil a été très chaleureux et j ’ ai pu rencontrer des gens de divers horizons , ce qui m ’ a permis d ’ apprendre l ’ anglais plus rapidement que prévu . La découverte du pays a été facilitée par le fait d ’ être entouré de voyageurs . J ’ avais l ’ impression d ’ un début d ’ année dans une maison , mais à l ’ international et donc avec un écart culturel plus grand . J ’ ai passé trois semaines entre travail sur ordinateur , soirées sympathiques et découvertes des paysages variés - et impressionnants ! - de la région du Cap .
Ensuite , le temps de travailler en entreprise est venu . Grâce à un contact donné , j ’ ai rapidement trouvé une entreprise quasiment idéale , même si le travail que j ’ y réalisais tendait parfois vers la charpente . Le patron , un Allemand expatrié , a été d ’ une grande aide et un bel exemple de solidarité et de générosité .
L ’ équipe , petite mais soudée , m ’ a permis de prendre des responsabilités dans une belle ambiance . Grâce à cet emploi , j ’ ai rencontré des personnes de grande valeur , avec une culture que je n ’ aurais pas pu découvrir autrement , tant la ségrégation encore présente bride les échanges en dehors du travail .
Cette année m ’ aura procuré des enseignements variés . Des politiques en premier lieu , avec la découverte de la puissance et de la violence des inégalités , très ancrées là-bas . Puis des enseignements plus personnels , notamment la gratitude qui donne à apprécier plus facilement ce qui nous arrive et l ’ authenticité des gens rencontrés qui ne cherchent pas à fuir la réalité et l ’ acceptent malgré les difficultés , ainsi que le souvenir d ’ un pays magnifique très attachant . Je suis reconnaissant d ’ avoir rencontré des gens bien différents de mes voisins habituels grâce au voyage .
Je me souviendrai du choc du premier mois au Cap , inattendu et marquant par le dépaysement et la facilité à vivre làbas , par l ’ ambiance générale et par le cadre de vie .
La période la plus intéressante dans ce pays a été le chantier en déplacement pendant trois semaines dans un coin reculé du pays , qui m ’ a permis de m ’ immerger dans le mode de vie des Sud-Africains en
# 345 / Novembre 2024