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Tous les matins , un temps de réveil musculaire - une mesure qui va être généralisée à tous les stages - avait été planifié pour éviter tous troubles musculosquelettiques ( TMS ). Proposé le premier jour par les maîtres de stage , ce moment a été ensuite animé par les jeunes eux-mêmes . Toutes les demi-journées , un débriefing était lancé par Île-de-France pour analyser les points positifs du travail effectué , identifier les axes d ’ amélioration et parler des erreurs et des déceptions . Ce temps de parole , non-programmé au départ , a aussi vocation à être généralisé dans nos formations , parce qu ’ il permet de lever les incompréhensions et de décompresser régulièrement .
UN CHALLENGE RELEVÉ POUR LES APPRENTIS Nous avions peur de ne pas parvenir à gérer et à occuper l ’ ensemble des participants , mais cela n ’ a pas été le cas . Nous avons même constaté un niveau de motivation très élevé chez les apprenants . Nous n ’ avons pas ressenti de difficultés particulières à gérer le groupe de 40 jeunes , ce sont plutôt les maîtres de stage et moimême qui avons eu du mal à prendre ensemble des décisions rapidement !
Pour nos apprentis , cela a été une première : ils n ’ avaient jamais eu l ’ occasion de travailler jusqu ’ ici sur un ouvrage de A à Z . Au-delà de la mise en application des techniques apprises durant leur formation , cela les a incités à se poser beaucoup de questions sur la conception et la qualité de la taille . Le fait que l ’ œuvre soit préposée les a également motivés . Faire des ponts n ’ est pas courant , mais lorsque l ’ on est apprenti , c ’ est une gageure ! Nous nous sommes imposé un projet ambitieux : les jeunes ont été au rendez-vous et ont joué le jeu . Ils ont été très accueillants avec les étudiants . J ’ estime que les objectifs de cette semaine de formation ont été largement atteints . Les apprentis m ’ ont fait part de leur satisfaction de côtoyer les étudiants architectes et d ’ échanger avec eux sur un pied d ’ égalité .
Pour les prochains ateliers collaboratifs organisés , il serait bienvenu de réfléchir à l ’ usage réel de l ’ ouvrage conçu , bien que cela soulève des problématiques d ’ assurabilité et de concurrence déloyale connus ( pour rappel , les travaux de convention sont aujourd ’ hui interdits à l ’ Association ouvrière ). Pouvoir réaliser des ouvrages pour le bien commun donnerait encore plus de satisfaction aux participants et renforcerait le sens de nos travaux et la portée de notre démarche vers le durable . Il est déjà prévu de faire un atelier collaboratif du même genre l ’ année prochaine avec l ’ ENSAV ! Je précise qu ’ un autre atelier collaboratif aura lieu au printemps 2022 avec un autre partenaire , l ’ École nationale supérieure d ’ architecture de Paris-Malaquais , dans les ateliers de la maison de Villefontaine . L ’ événement portera sur la mise en œuvre de structures mixtes pierre-acier . Cette fois-ci , ce seront des jeunes en formation BP , plus expérimentés , qui seront impliqués .
Je tiens à remercier la prévôté de Champssur-Marne et la délégation régionale de l ’ Île-de-France pour leur accueil chaleureux , mais vigilant en période de Covid-19 ! Je transmets aussi mes remerciements à nos partenaires et au fonds de dotation Verrecchia pour leur soutien , et
Témoignages à l ’ équipe enseignante de l ’ ENSAV pour sa confiance et sa curiosité . Bien que nos parcours et expériences diffèrent , nos buts sont communs . Enfin , j ’ adresse toutes mes félicitations aux maîtres de stage et aux apprenants pour ce chantier gâché avec bienveillance et réalisé avec passion et humilité .
Bruno Combernoux Toulousain la Liberté de Montberon
Responsable de l ’ Institut supérieur de recherche et de formation aux métiers de la pierre
https :// amaco . org /
Léa Zeraia , apprentie tailleur de pierre « J ’ ai été agréablement surprise et très curieuse de connaître le déroulement de la collaboration entre les étudiants architectes et les apprentis tailleurs de pierre ainsi que le projet en lui-même . Je pense que cette curiosité et cette envie de partage étaient communes à tous les participants . Cette semaine n ’ a pas été de tout repos , mais très stimulante de par les tâches qui m ’ ont été confiées . J ' ai rejoint le groupe de l ’ appareillage de la passerelle et de la confection des panneaux de taille des blocs . Puis , j ’ ai supervisé l ’ organisation de la taille dans l ’ atelier : gestion du stockage , marquage des pierres non-taillées , en cours de taille et taillées , distribution et attribution des blocs et des panneaux correspondant à chaque tailleur , suivi de l ’ avancée du montage , etc . Le défi commun à tous était que le pont soit achevé dans les délais et qu ’ il tienne après décoffrage . Les difficultés ont été : le management d ’ un nombre important de tailleurs de pierre , la gestion d ’ une grande quantité de blocs et de panneaux , les délais qui étaient assez serrés et le stock de pierres tout juste suffisant . Vers la fin , nous avons dû récupérer beaucoup de chutes et cela a demandé une organisation supplémentaire pas forcément anticipée .
Cette semaine a été très enrichissante et encourageante d ’ un point de vue professionnel , car nous avons relevé un beau défi . Issus de formations différentes et complémentaires , nous avons pu réaliser tous ensemble un projet que nous n ’ aurions pas imaginé accomplir dans un autre contexte . Humainement parlant , le fait de pouvoir rassembler tout un groupe autour d ’ un projet ambitieux , même de courte durée , a permis de très vite souder l ’ équipe et d ’ échanger . Tous étaient très motivés et ont mis du cœur à l ' ouvrage : cela faisait plaisir à voir . Je trouve que c ’ est une très belle opportunité d ’ avoir participé à cette expérience dans le cadre de notre formation et qu ’ il faudrait la renouveler si cela est possible . Nous avons vu que cela avait très bien fonctionné avec les étudiants de l ’ ENSAV . Il pourrait aussi être intéressant de travailler à l ’ avenir avec une entreprise ou même une association . »
Paul Vergonjeanne , Île-de-France l ’ Espérance de Méré , maître de stage « J ’ avais déjà une expérience de ce type d ' atelier collaboratif puisque , lors d ’ un stage à l ’ université de Salamanque en Espagne , j ’ en avais animé un réunissant des étudiants historiens , des designers et des architectes . Le but était alors de réaliser un arc pour aménager la cour de l ’ université . Pour cet atelier collaboratif à Champs-sur-Marne , le challenge résidait dans la réussite d ’ un partage de culture et d ’ un échange de connaissances entre les architectes , les ingénieurs et les tailleurs de pierre . En amont de l ' atelier collaboratif , Toulousain , Périgord et moi-même avons préparé la division des tâches et imaginé le principe de tutorat entre les apprentis tailleurs de pierre et les architectes . Le travail d ’ équipe entre enseignants et maîtres de stage a permis d ’ échanger les points de vue . Il est prévu que ce type de conception entre dans le projet du " chef-d ’ œuvre " qui valide la fin du cursus de CAP . Nous allons revoir notre approche pour les prochains stages : nous souhaitons anticiper davantage leur organisation et impliquer les apprentis et les étudiants dans chaque phase . »
# 309 / Juillet-août 2021