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découverte compagnons 21 heureux ! Vous apprenez à vous contenter d ' un pull , de deux tee-shirts et de deux paires de chaussettes que vous lavez tous les soirs au refuge ... Vous idolâtrez vos tongs en fin d ' étape et appréciez votre tapis de sol de 3 cm d ' épaisseur .
À chaque fois que vous mangez un aliment issu de votre sac , vous avez ce sentiment de libérer votre dos de 300 g de plus . C ' est une sensation incroyable que de vivre avec le minimum et d ' être même parfois plus heureux que d ' habitude !
Et puis vous rationnez votre nourriture et votre eau , elle que l ' on a tendance à gaspiller parce qu ' elle nous paraît illimitée . Sur le GR 20 , vous trouvez généralement une source au départ de l ' étape et puis , plus rien ... Vous partez pour 7 heures de marche en sachant que vous ne pourrez pas refaire le plein à mi-chemin . Alors vous rationnez les 3 ou 4 litres d ' eau que vous avez sur le dos . L ' eau devient précieuse ; la chaleur et la dureté de l ' exercice vous rappellent que chaque gorgée est importante et ne doit pas être gâchée . Et cette nourriture , généralement lyophilisée , qu ' il nous paraît inconcevable de manger en dehors de ce contexte , est si appréciable dans l ' effort !
En tant que prévôt à Reims , j ' essuie souvent des remarques sur la nourriture du siège , parce qu ' il y a trop de viande , trop de légumes , pas assez de féculents , trop de sauce , pas assez de goût , etc . Quand vous vivez une expérience comme le GR 20 , vous pouvez brûler jusqu ' à 2 500 calories par jour : manger devient donc vital , peu importe ce que vous avez dans l ' assiette , vous mangez parce que c ' est essentiel à votre corps et , après plusieurs jours à vivre ainsi , chaque plat cuisiné est tout simplement exceptionnel .
UNE EXPÉRIENCE LIBÉRATRICE Je n ' ai pas pu terminer les sept jours de marche pour cause de blessure , mais je suis ressortie grandie de cette expérience . J ' ai appris à aimer mon corps parce que je l ' ai poussé dans des limites insoupçonnées . J ' ai longtemps regardé impuissante celui-ci changer de par la pratique de mon métier sans prendre conscience que , grâce à cela , j ' allais pouvoir accomplir des choses qui me paraissaient inimaginables il y a quelques années . La marche m ' a appris à relativiser , à prendre de la hauteur . Vous apprenez à réfléchir sur ce que vous voulez et ne voulez pas , sur la notion de gravité et d ' urgence . Nous passons beaucoup de temps à en vouloir aux autres , parfois pour nos propres erreurs , mais finalement à quoi bon ? Quand vous marchez , vous n ’ en voulez à personne et ce sentiment vous libère de bien d ’ autres !
Marcher , c ' est comme vivre . Vous êtes face à un mur et vous avez souvent tendance à vous dire que jamais vous ne pourrez le franchir , que ce sera trop compliqué , que votre corps en est incapable . Mais vous essayez , à votre rythme , et vous arrivez à bout de celui-ci . À certains moments , j ' avais besoin de regarder derrière moi pour comprendre ce que j ' avais déjà accompli : cela me donnait la force de continuer . Une fois que vous avez terminé une étape et que vous vous retrouvez face à une difficulté sur la nouvelle , vous
Première nuit au Refuge d ' Ortu di u Piobbu ( 1 520 m d ’ altitude ) avec une étape de 1 360 m de dénivelé positif , un repos plus que mérité !
pensez à la veille , à ce que vous avez réussi à faire et , d ' un coup , rien ne vous paraît impossible . Marcher , c ’ est apprendre l ’ humilité .
Marcher , c ’ est aussi des rencontres . C ’ est se lier avec de nombreux marcheurs qui , comme vous , sont venus en quête de quelque chose dans cette expérience . Ce qui nous rapproche très rapidement est le fait de traverser les mêmes difficultés . Peu importe que vous soyez riche , pauvre , sportif ou non , généreux , égoïste et j ’ en passe … nous vivons tous la même chose et cela nous rassemble , qu ’ importent nos origines et notre milieu social . Marcher , c ' est être libre . Libre de ses pensées , libre de son corps . C ' est se couper du monde quelques heures , quelques jours pour y revenir meilleur . Quand la sollicitation professionnelle est grande , quand la pression devient insoutenable , quand la tolérance s ' efface et quand les doutes s ' installent , marcher est une véritable thérapie .
Cela fait maintenant 4 mois que je suis revenue de ce GR et j ’ en ressens de plus en plus les bienfaits . Je n ’ ai jamais autant positivé qu ’ à ce jour , je suis beaucoup plus tolérante et surtout j ’ ai appris à mieux me détacher des conflits qui m ’ entourent au quotidien . Je comprends mieux aujourd ' hui cet acte avant la sédentarisation et tout autre grand projet de vie . Je n ' ai à présent hâte que d ' une chose : recommencer . Alors , marchez !
La passerelle de Spasimata traversée à 6 h 20 du matin , annonçant une nouvelle journée de marche entre Carozzu et la station de ski corse Ascu Stagnu .
Marion Irastorza Basque la Fraternité
Compagnon charpentier
# 304 / Février 2021