Rapport annuel 2025_activités et RSO_Compagnons du Devoir | Page 34

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Peut-on répondre aux exigences et valeurs des Compagnons tout en gardant sa liberté individuelle? N’ y a-t-il pas un risque de dogmatisme?- M. L N.: Si on part du principe qu’ il n’ y a qu’ une façon d’ être Compagnon et que tout est figé, là oui, il y a risque de dogmatisme. Mais pour moi, la philosophie compagnonnique passe au contraire par un questionnement permanent et des débats. Ce que l’ on doit transmettre, ce sont des valeurs d’ entraide, de respect, d’ interrogation, pas des idées arrêtées.- P. D.: Il y a quelques années, une étudiante est venue chez les Compagnons pour sa thèse sur la notion de « faire œuvre ». Quand elle demandait à des jeunes, au début de leur parcours, ce qu’ était la liberté, elles et ils répondaient que cela signifiait « faire ce que l ' on veut ». Quand elle s ' adressait aux itinérantes, itinérants et jeunes Compagnons, la réponse changeait: « c ' est être responsable et autonome ». C ' est comme ça qu ' on voit les choses: le cadre que le compagnonnage propose permet de construire l’ esprit et donc de trouver sa liberté. Plus cet esprit est harmonieux, plus on a de chance de se sentir bien dans sa peau et d’ être à même de transmettre. Notre but, c’ est d ' être heureux.
À quoi servent les rituels et éléments symboliques, qui peuvent paraître un peu obscurs, voire folkloriques, de l’ extérieur?- P. D.: Si quelque chose devient folklorique, alors on devra s’ en passer! Nos codes doivent avoir du sens. Nos noms de province, par exemple, sont une manière de mettre tout le monde sur un pied d’ égalité.

ÉDUQUER L’ ESPRIT, POUR LES COMPAGNONS, C’ EST PERMETTRE À CHACUN ET CHACUNE DE SE DÉCOUVRIR.

Patrick Doffémont, responsable du pôle de la Transmission.
Les couleurs matérialisent notre engagement et notre appartenance, comme— toute proportion gardée—, peut l’ être un uniforme ou un maillot de foot. Nos cérémonies font vivre la notion de transmission. C’ est comme pour le voyage: il doit avant tout être spirituel— un ou une Compagnon doit être en mouvement et continuer à apprendre toute sa vie—, mais pour que ce soit possible spirituellement, il faut que le voyage au départ soit physique.- M. L N.: Personnellement, je tiens à ces rituels et tenues parce que cela me rappelle notre héritage. C’ est aussi une forme de reconnaissance: j’ y vois l’ image d’ un ouvrier ou d’ une ouvrière qui se dépasse. Peut-être que que la jeunesse demain n’ en voudra plus, mais pour moi cela a du charme et même du panache!
Enfin, est-ce qu’ il y a une dimension religieuse dans le compagnonnage?- P. D.: On retrouve dans nos symboles des références religieuses inspirées de nos ancêtres bâtisseurs de cathédrales, mais nous sommes, depuis longtemps maintenant, une formation laïque. Chacun et chacune vient avec ses croyances ou non-croyances. On peut aussi s’ inspirer d’ autres cultures ou formes de spiritualité en les réinterprétant à notre manière. Le yoga par exemple m’ a appris beaucoup de choses sur nos enseignements!
RAPPORT ANNUEL 2025