Radioprotection 60-4 | Page 7

Radioprotection 2025, 60( 4), 294 – 296 © B. Habib Geryes et al., Published by EDP Sciences, 2025 https:// doi. org / 10.1051 / radiopro / 2025043
Disponible en ligne: www. radioprotection. org
ÉDITORIAL
Les niveaux de référence diagnostiques en imagerie médicale: des exigences pour l’ optimisation de la radioprotection des patients
Les niveaux de référence diagnostiques( NRD) sont devenus, depuis leur introduction par la Commission internationale de protection radiologique( CIPR), un outil incontournable de l’ optimisation des doses délivrées aux patients en imagerie médicale. La publication CIPR 135 en a précisé les principes d’ établissement et d’ utilisation( ICRP, 2017), et la publication européenne PIDRL 185( European Commission, 2018) a proposé des recommandations spécifiques à la radiopédiatrie, tenant compte de la variabilité des patients et du faible nombre de données disponibles. Le but est d’ harmoniser les études et de permettre une meilleure comparabilité entre équipes. Au niveau européen, après la publication du projet Euclid de la Commission sur les NRD( European Commission, 2021), la Société Européenne de Radiologie a conduit une enquête dans le cadre de l’ EuroSafe Imaging campaign sur les pratiques et les difficultés liées à la mise en œuvre des NRD, qui restent hétérogènes malgré les progrès accomplis dans leur mise en œuvre( Damilakis et al., 2025).
Radioprotection a publié de nombreux articles traitant des NRD au cours des deux dernières années, par exemple ceux de Kabeer et al., 2024 ou Semghouli et al., 2024 sur la tomodensitométrie adulte, de Khajmi et al., 2023 sur la tomodensitométrie pédiatrique et de Nassar et al., 2023 sur la mammographie. Nous continuons de recevoir un nombre important de manuscrits sur ce thème. Nous recevons également un nombre important de manuscrits traitants de doses aux patients pour différentes procédures. Cependant, la détermination de NRD locaux ou régionaux n’ est pas suffisante en soi pour améliorer la radioprotection des patients.
Rappelons tout d’ abord que les NRD peuvent être définis à différents niveaux: local ou régional, afin de suivre et d’ optimiser les pratiques d’ un établissement ou d’ un groupe de centres, puis au niveau national, sur la base d’ enquêtes multicentriques représentatives. Ces enquêtes doivent répondre à des critères méthodologiques clairs, notamment en termes de nombre minimal d’ équipements( 10 à 20 équipements au niveau local ou régional) et de centres participants( 30 à 50 % des centres au niveau national), avec un effectif suffisant de patients par type d’ examen( minimum 20 patients par sous-groupe de poids), afin de garantir la robustesse et la comparabilité des données( ICRP, 2017). Ces nombres peuvent être augmentés lorsque des systèmes automatisés de recueil de dose( DACS) sont utilisés.
La méthodologie de définition repose sur deux indicateurs complémentaires: les valeurs guides diagnostiques( VGD) correspondant à la médiane des distributions de doses recueillies et reflétant les pratiques courantes, et les NRD définis par le 75ᵉ centile des distributions et utilisés comme outil de référence pour identifier les pratiques s’ écartant de la majorité. Dans le domaine pédiatrique, la publication PIDRL 185 insiste sur la nécessité de stratifier les NRD en fonction du poids des enfants, et recommande une approche multicentrique pour disposer d’ échantillons suffisants. La publication CIRP 135 précise également les métriques de dose et leurs unités pour chaque modalité, et recommande, en cas de données limitées, l’ utilisation des courbes dose – poids afin d’ établir les NRD.
Les publications sur les NRD témoignent également d’ une évolution: après une première phase centrée sur l’ élaboration de NRD locaux, souvent indispensables pour initier la démarche dans certains pays, la communauté scientifique tend désormais vers des travaux multicentriques de plus grande envergure, intégrant l’ indication clinique et couvrant plusieurs types d’ examens et de modalités d’ imagerie( radiologie conventionnelle, fluoroscopie, tomodensitométrie, radiologie interventionnelle, médecine nucléaire etc.)( Damilakis et al., 2025, El Fahssi et al., 2024, Hakme et al., 2023). Cette dynamique renforce la pertinence et l’ utilité des NRD pour l’ optimisation. De plus, un intérêt croissant des publications récentes réside dans la prise en compte de l’ indication clinique: un même type d’ examen peut en effet se décliner selon des protocoles et des objectifs diagnostiques différents, ce qui justifie d’ affiner les NRD par indication( Habib Geryes et al., 2019).
La démarche d’ optimisation doit être comprise comme un processus en deux étapes successives: l’ établissement des NRD à partir de collectes multicentriques représentatives puis leur appropriation et utilisation par chaque centre, qui compare sa propre médiane aux VGD et au NRD national afin d’ identifier d’ éventuelles marges d’ optimisation. Et c’ est bien cette étape d’ optimisation des pratiques locales au regard des références préétablies qui permet d’ améliorer la radioprotection des patients.
Enfin, un point mérite d’ être souligné: l’ utilisation des VGD et NRD a permis d’ identifier et de réduire les pratiques les plus éloignées de l’ optimisation. Mais se pose désormais la question des marges de progression: au-delà d’ un certain seuil, réduire les doses comporte le risque de compromettre la qualité d’ image et donc la valeur diagnostique. C’ est là tout l’ enjeu de la prochaine étape: faire évoluer la réflexion vers des NRD intégrant à la fois la dose et l’ information diagnostique, en tenant compte des pratiques cliniques réelles.
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