Paris et les Zola en herbe | Page 72

  72   Pendant la guerre 14-18 : Depuis le sommet des buttes, les passants, de petites tâches minuscules, marchaient tranquillement sur l’herbe fraîche, à peine coupée. Les robes longues des dames, d’un pourpre sombre pour la plupart, traînaient et traçaient des formes étranges dans la poussière. Le calme régnait tandis que la froideur des matins d’hiver s’installait. Les arbres fragiles, mis à nu, avaient perdu toutes leurs feuilles. Seul le vent glacé, se fracassant contre les hauts rochers, se faisait entendre. Des chuchotements à peine audibles résonnaient ça et là. Même les enfants baissaient la tête, écrasés par l’immense ciel pâle. La nature, elle aussi, se faisait toute petite. L’eau verdâtre du lac n’oscillait que lorsqu’une feuille morte venait se poser délicatement sur elle, avant de plonger dans son obscurité. Des ronces pointues s’accrochaient désespérément à la roche grise. Des regards lointains et désespérés se perdaient depuis l’impressionnant pont qui semblait surplomber le parc et la ville telle une ombre géante. Parfois, de petits moineaux se posaient sur le toit de pierre, regardaient l’immense horizon et chantaient doucement, venant briser le silence pesant, puis repartaient. Aussitôt, le silence morbide revenait. De nos jours : Le ciel, d’un bleu doux et tendre, rayonnait. Les passants s’alanguissaient devant ce beau spectacle de la nature. L’herbe émeraude recouvrait presque entièrement la majestueuse montagne de pierre qui dominait le lac. La flore, plus dense que jamais, ne cessait de croître tandis que des nénuphars nageaient