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Place du 18 juin 1940.
8h. Le jour se lève. La place est déserte.
Édifice de fer et d’acier, haute et
austère, la Tour semble s’être
drapée de noir ce matin. Elle
s’étire jusqu’au ciel, majestueuse,
muettement affirmant qu’elle
sera toujours là.
À ses pieds, les rues se croisent, se séparent, s’emmêlent, se
démêlent comme des jeunes amoureux perdus dans la ville des
lumières. Rue de l’Arrivée. Rue du Départ. Personne ne sait
vraiment où l’une commence et où l’autre s’arrête.
Montparnasse est le carrefour
entre une farandole de rues
sillonnant Paris. Odessa s’y
reverse, Rennes y jaillit. Ses
affluents
s’y
entrelacent,
chacun amenant un flot de
personnes dans la rivière.
Mais aujourd’hui, personne. Le fleuve
est à sec. Quartier fantôme.
La gare, qui hier encore était une mer
pullulante de vie, croisement éternel
des chemins de fer nationaux, n’a
jamais été plus silencieuse.