Paris et les Zola en herbe | Page 52

  52   Place du 18 juin 1940. 8h. Le jour se lève. La place est déserte. Édifice de fer et d’acier, haute et austère, la Tour semble s’être drapée de noir ce matin. Elle s’étire jusqu’au ciel, majestueuse, muettement affirmant qu’elle sera toujours là. À ses pieds, les rues se croisent, se séparent, s’emmêlent, se démêlent comme des jeunes amoureux perdus dans la ville des lumières. Rue de l’Arrivée. Rue du Départ. Personne ne sait vraiment où l’une commence et où l’autre s’arrête. Montparnasse est le carrefour entre une farandole de rues sillonnant Paris. Odessa s’y reverse, Rennes y jaillit. Ses affluents s’y entrelacent, chacun amenant un flot de personnes dans la rivière. Mais aujourd’hui, personne. Le fleuve est à sec. Quartier fantôme. La gare, qui hier encore était une mer pullulante de vie, croisement éternel des chemins de fer nationaux, n’a jamais été plus silencieuse.