Paris et les Zola en herbe | Page 46

  46   Lorsqu’on rentre dans Paris par la rue du Faubourg Saint-Antoine, on trouve, prés de l'avenue du Trône, une place magistrale connue sous le nom de la place de la Nation. Cet endroit de 250 mètres de diamètre accueille en son cœur une statue colossale aux voluptueuses valeurs de la République Française. Une figure féminine, dressée au sommet d’un char tiré par deux lions, semble défier toute figure géométrique de la rugissante ville de Paris. La majestueuse femme, réalisant un pas vers la liberté et la justice, porte son regard vers la place de la Bastille, formant ainsi un axe républicain tranchant la silencieuse et sublime ville parisienne. Un bourdonnement incessant paraît approcher la place. Une multitude indisciplinée avance brusquement tel un attroupement sauvage. La rue bondée semble grésiller sous les pieds furtifs des insurgés. Chantant, grondant, et hurlant, la plupart ne savent pas pourquoi ils se révoltent; certains résistent contre le gouvernement de Napoléon III, certains réagissent face à la défaite franco-russe, certains, perdus, suivent simplement le troupeau inhumain. Sur la monumentale place de la Nation, les ouvriers soulèvent leurs outils, les travailleurs leurs pelles, les philosophes leurs livres, tous, unis en faveur d’une France libre. C’est la Commune De Paris en mars 1871. Puis les armes deviennent fleurs, les clameurs deviennent larmes, les hurlements deviennent silences. Des millions d’âmes généreuses marchent sous le regard rassurant de la figure féminine. C’est la marche du 11 janvier 2015. Chacun partage, se bat pour la liberté et la république, ne se doutant pas que les valeurs si puissantes de la statue seraient une fois de plus brisées lors des événements du 13 novembre.