Quynh-Anh , de son côté , n ’ a pas vraiment le choix de s ’ adapter à la cadence des autres familles , du jeune neveu qui se met à contempler chaque pissenlit : « Il ne faut pas se fâcher et devenir agressif parce que les autres n ’ ont pas fini . Je peux me dire que ce n ’ est pas grave . Que je suis là et que je peux en profiter autrement en regardant autre chose . »
Les enfants exigent donc de la mobilisation , et ce , d ’ autant plus lorsqu ’ on se retrouve quelques jours enfermés dans une chambre d ’ hôtel à cause de la pluie . Lili peut témoigner qu ’ une telle situation oblige à se secouer les puces : « On est allés visiter un aquarium et un centre communautaire . Il y avait une bibliothèque avec à peu près huit livres et trois jouets … ». Ces visites ont permis à Lili de se rappeler que les enfants se montrent parfois , en revanche , des maitres dans l ’ art d ’ apprécier le moment : « Eux , ils ont eu bien du plaisir . Ils découvraient un nouveau lieu . »
Quelques irritants à tempérer
Ces voyageuses aguerries n ’ évitent pas pour autant tous les moments où elles se sentent la mèche un peu plus courte , dans leurs interactions . Mais elles connaissent mieux ces raisons qui peuvent mettre le feu aux poudres et parviennent à les prévenir ou les dédramatiser plus aisément . Au banc des irritants les plus courants , elles nomment la fatigue , la faim , la crainte que les enfants en souffrent aussi et les changements dans leurs habitudes de voyage . Qui plus est , précise Roxane de la Sablonnière , à ces imprévus s ’ ajoute alors toute la complexité de gérer l ’ aspect humain .
Cette professeure en psychologie sociale rappelle que , déjà , se retrouver en situation de groupe bouleverse le contexte relationnel et demande de l ’ adaptation , même pour des gens qui se fréquentaient jusqu ’ ici en tête-à-tête ou devant un bon repas . Et lorsque s ’ y additionnent les autres facteurs extérieurs d ’ inconnu et de stress , des personnes qu ’ on croyait bien connaître , apparemment paisibles , montrent d ’ autres visages , explique la chercheuse : « Il y a des gens qui vivent bien dans le chaos , si on peut dire . Pour eux , passer d ’ un contexte à un autre , ça va . D ’ autres personnes ont davantage besoin de stabilité et de points de repère clairs qui reposent sur l ’ habitude . »
Un autre domaine potentiellement explosif est celui du partage des frais et des responsabilités . En principe , louer un espace commun et partager la préparation des repas réduisent significativement la charge mentale et financière . Et tout le monde semble s ’ entendre sur la règle d ’ or d ’ un partage égal . Mais toutes les voyageuses préconisent aussi la souplesse sur ces points pour éviter les échanges d ’ argent , les calculs continus ou la mise en évidence des différences de goûts et de budgets . Comment résoudre tout cela ? Partage de la facture ? Alternance ? Mise en commun des biens ou des repas sans échange d ’ argent ? La formule varie selon les groupes , leurs moyens , mais aussi leur histoire commune . Par exemple , on sépare les factures quand on se connaît moins , alors qu ’ on choisit plus volontiers l ’ alternance lorsqu ’ on se connaît bien .
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