Un tri plus poussé? bonjour Pareto! Faut-il améliorer la technologie de tri? Certainement, et on s’ y emploie. Elle a cependant ses limites, et n’ atteindra jamais les 100 %. Voici pourquoi. Prenons encore une fois l’ acier comme exemple, mais le raisonnement vaut, mutatis mutandis, pour les 78 autres métaux, et les autres matériaux. L’ acier est recyclé sous forme de ferrailles, triées pour en éliminer alu, inox, et autres matières étrangères. S’ y glissent cependant subrepticement des‘ tramp-elements’, certains métaux non-ferreux en très petites quantités, tel le cuivre et l’ étain, souvent en provenance de carcasses de voitures. Ces éléments tramp détériorent les qualités de l’ acier au fur et à mesure de la montée de leur concentration. Le passage en aciérie ne parvient pas à les enlever. Il faudra donc, avant la mise en fusion, un tri plus poussé, une tâche typique pour de robustes robots-trieurs. Si la situation s’ améliore, augmentons l’ armée robotique. Mais voilà, les robots finiront par causer leur propre part de déchets, de matériaux, de transport etc, soussystème qu’ il faut obligatoirement ajouter au système ferrailles. A un moment donné, un tri encore plus poussé créera ses propres problèmes environnementaux au point de ne plus apporter des avantages. On aura atteint un Optimum de Pareto, effet économique bien connu qui signifie qu’ à partir d’ un certain niveau, on ne poussera pas le tri plus loin, sous peine de pénalités économiques et environnementales. Le tri optimal n’ est pas maximal et ne fera donc que reporter les échéances- aux générations futures.
1.2 L’ impossible réutilisation intégrale des objets
Si le recyclage de matériaux rencontre de telles difficultés de principe, pourquoi ne pas rester au niveau supérieur, càd ré-utiliser les objets tels quels, et éviter tout bonnement le niveau des matériaux. A nouveau, dans la logique du très long terme, la réutilisation d’ objets devra être exactement 100 %, in aeternum, sinon il n’ y aura que reports d’ échéances. Cependant, notre société humaine est telle que tout ou presque s’ oppose à ces ré-utilisations ou réaffectations. Mentionnons quelques-unes de ces entraves.
Mode, changement de gout, innovation Habillement, habitat, voitures, électronique, etc sont soumis à un changement constant. Les hommes sont ainsi faits, et les contrevenants ont la vie dure. Voici un exemple à la limite du ridicule: une personne récupère les portières et les sièges de sa vieille voiture, et pour le nouveau modèle, elle veut en acquérir un sans portières ni sièges, avec l’ intention de réutiliser le matériel récupéré. Mission impossible, tout le design changé dans le nouveau modèle. L’ exemple peut faire rire, mais la question est là: pouvons-nous un jour revenir aux temps de Ford, ou tous les Model-T étaient pareils et noirs, donc substituables, ou aux temps du peu regretté Mao, dont les sujets déambulaient en bleu uniforme. Ne devrions-nous pas devenir conscients que les Model-T du futur( traduisez: e-cars identiques à perpétuité) et les bleus de Mao( traduisez: habillement en fibres polylactiques super-biodégradables-monochromes) devraient devenir la norme de notre comportement? On se rend compte, soit dit en passant, que les frontières entre l’ écologique et le normatif sont poreuses.
La législation incitatrice à la mise à la ferraille Le législateur dans un souci de sécurité, avait jadis interdit au Luxembourg les ascenseurs existants pour les remplacer, par des engins plus sûrs. Les‘’ unintended consequences’ sautaient aux yeux: un gros tas de ferraille d’ objets en parfait état de marche, pour un‘ plus’ marginal de sécurité. Il en va de même avec des milliers d’ autres prescriptions.
Les freins environnementaux de la fiscalité et de la comptabilité La fiscalité punit la personne désireuse de faire durer son équipement; idem le système de la TVA, flanqué de règles comptables d’ un autre temps.
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