INDIAN OCEAN
« J ’ ai envie d ’ amener l ’ auditeur à percevoir ce que je ressens . »
– Labelle
LES ARTS SONORES Labelle
Labelle compose une musique qu ’ il qualifie de « syncrétique », entre l ’ électro et le maloya . Né en France d ’ un père réunionnais et d ’ une mère de la métropole , il est très tôt fasciné par ce double héritage . « Chez mon père , comme pour beaucoup de Réunionnais ayant quitté l ’ île dans les années 1970-80 , on ressentait un déchirement . On ne parlait pas de ce qui se passait là-bas , et ce n ’ est qu ’ à l ’ adolescence que j ’ ai découvert le maloya . Cette part de mystère autour de mes racines a nourri des questionnements . En m ’ installant à La Réunion , j ’ ai compris que le maloya me parlait car il porte cette union singulière entre plusieurs cultures , mais aussi ce côté spirituel », explique-t-il .
Labelle est un pionnier de la musique expérimentale à La Réunion . En 2019 , il crée la Nuit des Musiques Expérimentales . La même année , il s ’ aventure hors de son univers électronique pour s ’ attaquer aux instruments puissants du classique . Il compose alors pour l ’ Orchestre de la Région Réunion puis propose Éclat , une création pour quatuor à cordes et électronique . Il prépare actuellement une composition pour gamelan ainsi qu ’ un concerto avec la pianiste classique Vanessa Wagner .
« Mon rapport à la musique est une continuation de mon rapport au monde , à la nature , à la mort . J ’ ai envie d ’ amener l ’ auditeur à percevoir ce que je ressens . C ’ est aussi pourquoi j ’ essaie de faire de mes performances en live un espace différent du quotidien , un espace proche du sacré ».
My Moris
Raconte notre île . Et depuis 2019 , ses fondatrices Maya de Salle et Shakti Callikan ont fait du son un outil de narration à part entière . Elles ont publié huit podcasts dont les sujets reflètent la diversité culturelle du pays , mais surtout son battement de cœur au quotidien . « Le son permet à l ’ imaginaire de se projeter dans des lieux , des situations qui laissent libre cours à l ’ interprétation de chacun . »
Créer un documentaire , c ’ est d ’ abord construire une relation avec ceux qui sont au cœur du sujet . Cela demande des rencontres , des moments de partage , une mise en confiance . Il faut ensuite réussir à retranscrire le rythme propre à chaque lieu . Il n ’ est pas le même à la boutique du Vieux Grand Port , ou dans le centre de Rose- Hill ! Enfin , il faut capter l ’ attention de l ’ auditeur . « Différents choix de réalisation s ’ offrent à nous mais il n ’ y a pas de mises en scène ou de trucages . L ’ authenticité est primordiale », précisent Shakti et Maya .
Leur rêve ? Créer une sonothèque mauricienne où seraient répertoriés ces sons culturels « qui évoquent en nous des souvenirs , des anecdotes et du vécu , et donnent écho à notre identité mauricienne . Il y a un paysage sonore proprement mauricien : le son du balais fatak , du marchand de makatcha koko ... Des sons qui disparaissent peu à peu . Les capturer , c ’ est aussi un travail de mémoire ».
© Eric Lafargue
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