Culture et projets
Interview de Karla Suarez
Par les 2nd 9 de l'année 2017/2018
parce que sur la guerre nous n'avons qu’une version
racontée.
Avez-vous imaginé la scène des retrouvailles entre
Ernesto et son père ?
Oui, quand j'ai commencé le roman je savais déjà la fin. En
fait, au début j'ai imaginé que le roman devrait finir avec la
scène de la rencontre et donc je l’ai écrite. Pendant le
processus d'écriture, j'ai repris la scène écrite et j'ai changé
des choses parce que plus je connaissais Ernesto, plus je
pouvais imaginer sa réaction.
Mais en fait je me suis rendu compte que cette scène ne
devait pas apparaître dans le roman parce que, vraiment,
cette rencontre c'est le début d'une autre histoire et je
pensais que serait mieux de laisser le lecteur imaginer ce
qui va se passer. Quelle sera la réaction d’Ernesto et quelle
sera la réaction de son père ? C'est un moment très fort,
pour ça justement j'ai préféré laisser à chacun son
interprétation.
Est-ce votre enfance qui a inspiré votre roman ?
Oui, je partage beaucoup des choses avec le protagoniste
du roman. Nous sommes nés la même année, nous avons
étudié dans le même lycée et dans la même université.
Nous avons vécu dans la même ville au même moment,
donc son enfance a beaucoup des choses de la mienne. En
plus, mon père a aussi été en Angola sauf que,
différemment du père d’Ernesto, le mien est revenu.
Pourquoi avez-vous choisi d'être écrivain plutôt que de
continuer vos études musicales ?
Moi, j'ai commencé à écrire quand j'étais petite, avant
même de commencer à étudier la musique. Déjà petite
j'avais ces trois passions : l'écriture, la musique et les
mathématiques. A Cuba dans le Conservatoire de musique
jusqu'à 14 ans, on fait les études complètes, donc on fait de
la musique mais on suit aussi une scolarité normale. A
partir de 14 ans,
le Conservatoire n'est que pour la
musique, donc on doit choisir. Moi, à ce moment-là, je
voulais connaître d'autres choses, pas seulement la
musique, donc j'ai arrêté le Conservatoire et je suis allée au
Lycée normal. Finalement, quand j'étais à l'Université en
train d'étudier l’ingénierie électronique, je chantais dans les
festivals universitaires et j'ai travaillé et présenté un
software musical comme thèse de graduation. J’ai
développé mes trois passions : je suis ingénieur, je n’ai
jamais abandonné totalement la musique, mais la
littérature a été plus forte dans ma vie.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans le personnage
d'Ernesto ?
Dans certaines choses oui. Il y a des différences, bien sûr.
Ernesto est un homme et je suis une femme, notre famille
n'est pas la même, mais on partage des expériences
similaires de vie par rapport au temps qu’on a vécu et aux
événements historiques qui sont arrivés et qui nous ont
touchées. Comme disait Flaubert de Madame Bovary, d’une
certaine façon «Ernesto c'est moi».
Comment avez-vous vécu votre adolescence pendant la
guerre froide à Cuba ?
Plus ou moins comme je le raconte dans le roman. Je
disais avant qu'entre Ernesto et moi il y a des choses en
commun : nous avons grandi pendant la guerre froide dans
la même ville. J'ai déjà échangé avec plusieurs lecteurs
cubains qui se sont identifiés avec Ernesto surtout pour les
expériences par rapport aux événements historiques vécus.
Pourquoi avez-vous choisi un dénouement si brutal après
une histoire aussi longue ?
La fin du roman est née au début de mon travail. Je voulais
raconter ça : l'histoire de quelqu'un qui va grandir en
croyant à une version de l'histoire et qui va découvrir que la
vérité est toute autre. Le drame personnel d'Ernesto c'est
aussi, d'une certaine façon, le drame de la guerre en général
Pouvez-vous nous dire si vous écrivez un nouveau roman
et de quoi il va parler ?
Je peux vous dire : oui, je travaille sur un nouveau roman.
Mais, je ne peux pas vous dire de quoi il va parler. Je suis
au début de l’écriture et je n'aime pas trop en parler. Tout
est à découvrir (rires).
Quel conseil pouvez-vous nous donner pour mieux
avancer dans la vie ?
Pour moi c'est difficile de donner des conseils, mais
j'aimerai bien partager avec vous certaines choses que j'ai
faites et qui ont été utiles dans ma vie. Lire beaucoup, les
livres nous aident à mieux comprendre le monde. Écouter
les autres, toutes les personnes ont des expériences à
partager et savoir écouter c'est quelque chose qu'on doit
apprendre. Garder la curiosité pour la vie qu’on a quand on
est petit et que, malheureusement, beaucoup des gens
oublient… Il ne faut pas oublier, c'est beaucoup mieux si
nous gardons notre capacité à nous laisser surprendre. Et,
pour finir, sourire, sourire beaucoup… Donner des sourires
aux autres et à nous même. Si quelque chose de triste
arrive, c'est normal, c'est la vie, mais après il faut sourire,
parce que la vie c'est toujours incroyable et avec un bon
sourire elle sera plus longue.