L'Eclaireur n°7 | Seite 29

Culture et projets Interview de Karla Suarez Par les 2nd 9 de l'année 2017/2018 parce que sur la guerre nous n'avons qu’une version racontée. Avez-vous imaginé la scène des retrouvailles entre Ernesto et son père ? Oui, quand j'ai commencé le roman je savais déjà la fin. En fait, au début j'ai imaginé que le roman devrait finir avec la scène de la rencontre et donc je l’ai écrite. Pendant le processus d'écriture, j'ai repris la scène écrite et j'ai changé des choses parce que plus je connaissais Ernesto, plus je pouvais imaginer sa réaction. Mais en fait je me suis rendu compte que cette scène ne devait pas apparaître dans le roman parce que, vraiment, cette rencontre c'est le début d'une autre histoire et je pensais que serait mieux de laisser le lecteur imaginer ce qui va se passer. Quelle sera la réaction d’Ernesto et quelle sera la réaction de son père  ? C'est un moment très fort, pour ça justement j'ai préféré laisser à chacun son interprétation. Est-ce votre enfance qui a inspiré votre roman ? Oui, je partage beaucoup des choses avec le protagoniste du roman. Nous sommes nés la même année, nous avons étudié dans le même lycée et dans la même université. Nous avons vécu dans la même ville au même moment, donc son enfance a beaucoup des choses de la mienne. En plus, mon père a aussi été en Angola sauf que, différemment du père d’Ernesto, le mien est revenu. Pourquoi avez-vous choisi d'être écrivain plutôt que de continuer vos études musicales ? Moi, j'ai commencé à écrire quand j'étais petite, avant même de commencer à étudier la musique. Déjà petite j'avais ces trois passions : l'écriture, la musique et les mathématiques. A Cuba dans le Conservatoire de musique jusqu'à 14 ans, on fait les études complètes, donc on fait de la musique mais on suit aussi une scolarité normale. A partir de 14 ans, le Conservatoire n'est que pour la musique, donc on doit choisir. Moi, à ce moment-là, je voulais connaître d'autres choses, pas seulement la musique, donc j'ai arrêté le Conservatoire et je suis allée au Lycée normal. Finalement, quand j'étais à l'Université en train d'étudier l’ingénierie électronique, je chantais dans les festivals universitaires et j'ai travaillé et présenté un software musical comme thèse de graduation. J’ai développé mes trois passions : je suis ingénieur, je n’ai jamais abandonné totalement la musique, mais la littérature a été plus forte dans ma vie. Est-ce que vous vous reconnaissez dans le personnage d'Ernesto ? Dans certaines choses oui. Il y a des différences, bien sûr. Ernesto est un homme et je suis une femme, notre famille n'est pas la même, mais on partage des expériences similaires de vie par rapport au temps qu’on a vécu et aux événements historiques qui sont arrivés et qui nous ont touchées. Comme disait Flaubert de Madame Bovary, d’une certaine façon «Ernesto c'est moi». Comment avez-vous vécu votre adolescence pendant la guerre froide à Cuba ? Plus ou moins comme je le raconte dans le roman. Je disais avant qu'entre Ernesto et moi il y a des choses en commun : nous avons grandi pendant la guerre froide dans la même ville. J'ai déjà échangé avec plusieurs lecteurs cubains qui se sont identifiés avec Ernesto surtout pour les expériences par rapport aux événements historiques vécus. Pourquoi avez-vous choisi un dénouement si brutal après une histoire aussi longue ? La fin du roman est née au début de mon travail. Je voulais raconter ça : l'histoire de quelqu'un qui va grandir en croyant à une version de l'histoire et qui va découvrir que la vérité est toute autre. Le drame personnel d'Ernesto c'est aussi, d'une certaine façon, le drame de la guerre en général Pouvez-vous nous dire si vous écrivez un nouveau roman et de quoi il va parler ? Je peux vous dire : oui, je travaille sur un nouveau roman. Mais, je ne peux pas vous dire de quoi il va parler. Je suis au début de l’écriture et je n'aime pas trop en parler. Tout est à découvrir (rires). Quel conseil pouvez-vous nous donner pour mieux avancer dans la vie ? Pour moi c'est difficile de donner des conseils, mais j'aimerai bien partager avec vous certaines choses que j'ai faites et qui ont été utiles dans ma vie. Lire beaucoup, les livres nous aident à mieux comprendre le monde. Écouter les autres, toutes les personnes ont des expériences à partager et savoir écouter c'est quelque chose qu'on doit apprendre. Garder la curiosité pour la vie qu’on a quand on est petit et que, malheureusement, beaucoup des gens oublient… Il ne faut pas oublier, c'est beaucoup mieux si nous gardons notre capacité à nous laisser surprendre. Et, pour finir, sourire, sourire beaucoup… Donner des sourires aux autres et à nous même. Si quelque chose de triste arrive, c'est normal, c'est la vie, mais après il faut sourire, parce que la vie c'est toujours incroyable et avec un bon sourire elle sera plus longue.