L'Eclaireur n°7 | Seite 13

Les talents cachés du LEC Poèmes Julien — 2nde La pluie Sur ma peau je sens l’eau De cette pluie, de ces nuages qui tant enragent. D’une peine et d’une haine, Qui jamais, je le sais, ne pourront s’arrêter. Je ferme les yeux et avance un peu. On me regarde, on crie, mais je m’en fiche. Je suis parti. J’entends des appels, ceux des vivants, ceux des parents, ceux de la pluie qui tant m’emplit D’une rage, d’un émoi qui jamais ne pourra s’extirper. J’ai peur. Mes doigts suintant tremblent et volent. Comme s’ils ne pouvaient m’en empêcher. Mais mon choix est déjà fait. Je sens l’air balayer mon visage si envoûté, si éloigné. Je sens la pluie me fouetter, m’embrasser. Malgré mes pleurs et l’eau qui descend en un torrent, je souris. Je vais rejoindre ceux qui me manquent tant, ce qu’ici je n’ai jamais réussi. Les éclairs tombent, la tempête gronde. Je ne vois plus les montagnes, ces rochers, ces falaises qui tant m’époustouflaient, que tant j’aimais. La brume et ses voiles fins et gris qui viennent de là-haut, de là où je viens. Ce temps si beau, si violent me représente tellement. Jusqu’au trop plein de rage contenue, Et enfin défoulement ingénu, vague de couleur vin. J’ai froid. Mais ça me fait du bien, ça m’entraîne un peu plus dans le chagrin. Je n’entends plus les gens qui crient. Je n’entends plus les appels lancés, Appels qui retombent dans le vide, comme ceux que j’ai tant essayé d’envoyer. Ça y est c’est la fin. Ce cauchemar, cette souffrance s’éteindra enfin. Je n’entends plus rien. Ni les éclairs qui viennent du ciel pour me dire adieu Ni ceux qui aujourd’hui m’importent peu. La pluie me repousse, comme si elle ne voulait pas de cela. Mais moi j’ai déjà fait mon choix. Et en ce temps, ce temps si beau, si sombre, soleil détruit par sa pénombre, Je vais le faire. Je ferme les yeux. Mes poumon, glacés, mais vastes, inspirent une dernière fois, L’air de cette terre. Mes pieds quittent le sol, s’envolent, bercés par ces cris. Je souris de tristesse, de mélancolie alors que mon corps vacille. Je sens la vitesse écraser mes gestes et, alors que le sol se rapproche de ce pantin que je suis, J’ouvre les yeux. Le vert de la terre, Les cris de ma mère, L’Homme qui ne se sentait pas de ce monde Je ne me sentais pas de ce monde. Comme quelqu’un de trop, quelqu’un aux yeux voilés par des collines neigeuses qui fondent. Je suivais les gens, ombre dans le vent, et mes yeux, luisant, Ne dessinaient qu’un vide de souffrance et de silence. Partout où j’allais, peu importait où je me trouvais, Toujours je me sentais rejeté, seul, effacé, Par les gestes, les mots, les rires des autres. Comme si j’étais venu ici pour être ainsi, pour être transparent, repoussé, annihilé. Ma voix, fine et grisonnante, s’envolait pour disparaître sous les histoires de ceux qui m’ignoraient. Certains me disaient Mais non tu es mon ami, mais moi au fond de cette chose De ce coeur qui me faisait tant mal et qui m’expose, Je me sentais rejeté, à part, oublié. Baisser les yeux, regarder ses pieds, coudre ses lèvres suintantes et pleurantes. Voilà ce que mon coeur me disait, voilà ce que les sourires des autres me soutiraient. Où que j’aille, qui que je sois, quoi que je fasse, cette émotion, cette sensation enivrante Toujours me dira Ferme-la et efface-toi. Car peu importe ce que disent les autres, peu importe mes fautes, Dans ma tête, dans mon âme qui tant me hait, Toujours je me dirais que je suis de trop, que je suis ici mais que personne ne le voulait, Que ce monde n’a pas de place pour moi, du moins qu’il n’en a aujourd’hui plus. Et moi ? Et moi ? Et moi ? Coincé dans cette sensation, cette émotion de surplus Que suis-je, où vais-je, que fais-je ? Rien. Car je ne suis rien, Ou du moins plus rien, et personne ne fera plus attention à moi, ombre d’un pauvre chien. J’ai mal aux poignets. Ils sont brûlés. Je les sens, je les regarde, cercles rougeoyants. J’ai mal au cou. Je suis serré, étouffé, et je le vois sous mon menton ce cercle sanglant. J’ai mal à la gorge, ça me gratte, me racle. Les médicaments que j’ai tant pris ont un parti pris. J’ai mal aux poumons. Ils sont froids, et leur aspect n’est plus qu’une masse liquide et bleutée. J’ai mal à ma pauvre tête. J’y sens les trous de tirs qui m’ont tant percé. Jamais ils n’ont cessé. J’ai mal, je suis mal. Dans ma peau, dans mes os, mon gosier, mes poignets, mon sang, mes sens. Je suis mal et je crois l’avoir toujours été. Mais cela ne change pas. Car j’y suis déjà accroché, à cette corde qui me pendait, Cette lame qui m’ouvrait, Ces pilules qui m’étranglaient, Cette eau qui me noyait, Cette balle qui m’a transpercé. Mais qui cela importunerait, De savoir qu’un homme dont personne ne se préoccupait, A mis fin à ses jours ? Personne. Et on peut déjà entendre le glas de la mort qui résonne. Car, au fond, tous savaient que cet homme ne se sentait pas de ce monde,