La Sultane #65 - Page 23

La Marsa

ESPRITS NOMADES

Incarnation de la dolce vita

Qui dit la Marsa dit forcement joie de vivre , savoureuses glaces dont on se délecte sur la corniche , restaurants , cafés , pizzerias , centres commerciaux et hôtels de haut standing . Cette ville , située à quelques encablures de la capitale , parait comme coupée du monde , détachée de l ’ effervescence et du rythme effréné du grand Tunis , évoluant à son propre rythme , façonnée par ses habitants d ’ origines diverses et variées . Fière et indomptable , la ville est pour de nombreux Tunisiens et Tunisiennes , synonyme de dolce vita , d ’ élégance , de raffinement , de nostalgie même . Il est d ’ ailleurs assez étonnant qu ’ aucun jumelage n ’ ait vu le jour entre elle et d ’ autres stations balnéaires comme Cannes , Nice , St-Tropez … Des villes toutes aussi ensoleillées avec vue sur la Méditerranée et où les palmiers côtoient roses et autres bougainvilliers .
Waley Eddine Messaoudi

En parlant de roses , la ville se veut également le lieu de rendez-vous des tourteaux comme en témoigne le nombre élevé de couples mariés à la mairie de la Marsa . Les gourmets ne sont pas en reste et semblent eux aussi trouver leur compte puisqu ’ ils s ’ y ruent en grand nombre , savourer les traditionnels bambalouni , fricassés et autres chips non loin du fameux café du Saf-Saf . En hiver , avec la pluie et les nuages gris , une sorte de spleen baudelairien envahit l ’ âme des badauds . En été , c ’ est une toute autre histoire : la ville est bien plus animée et colorée et visiteurs et visiteuses déambulent le soir venu entre les échoppes , guidés par un doux Zéphire à l ’ odeur de jasmin . Certes , cela fait des décennies qu ’ une certaine élite sociale y a élu domicile , mais ceci n ’ empêche pas les habitants de tous bords du grand Tunis d ’ en faire leur lieu de promenade favori . Réputée pour le gombo , que l ’ on appelle d ’ ailleurs « El marsaouia », la ville possède une riche histoire que nous nous apprêtons à découvrir ou redécouvrir .

Entre Sidi Bou Saïd et gammarth Située à 18 kilomètres au nord-est de Tunis et constituant une municipalité comptant 95.000 habitants , la Marsa a de tout temps joué un rôle primordial dans le paysage culturel , économique , militaire et touristique de la Tunisie . La ville s ’ étire entre la colline de Sidi Bou Saïd et la falaise de Cap Gammarth et se compose de différents quartiers dont Marsa Ville , Marsa Plage , Marsa Ennassim , La Corniche ou encore la cité des Juges . Sur la route menant à Gammarth , les visiteurs découvrent un cimetière en bord de mer portant le nom de Sidi Abdelaziz , saint patron de la ville , qui aurait été un disciple du maître soufi andalou Ibn Arabî . 23

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De Carthage aux beys en passant par les Arabes

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La ville existait déjà à l ’ époque punique où son premier noyau appartenait au quartier de Mégara , faubourg de la cité punique de Carthage . Pour l ’ anecdote , Gustave Flaubert y faisait même se dérouler ( dans son célèbre roman « Salammbô ») un festin offert par Hamilcar Barca à ses soldats . Mais que l ’ on ne s ’ y trompe pas : en raison de son nom « Marsa » ou « Mers », qui désigne un port ou un mouillage , des archéologues ont cru pouvoir y situer les ports puniques de Carthage . Mais , si la baie de La Marsa a parfois servi de mouillage , comme en 1856 pour le débarquement des troupes tunisiennes envoyées par Sadok Bey en Crimée , rien n ’ est encore venu confirmer l ’ existence d ’ un port à cet emplacement . La conquête arabe consacrée par la chute de Carthage en 699 et la montée de Tunis en tant que place-forte eut pour conséquence d ’ intensifier le caractère défensif et plutôt rural de toute la région . Des ribats apparurent ainsi pour défendre le littoral des incursions byzantines un peu partout sur le grand Tunis ( Gammarth , Sidi Salah , Radés au sud du Lac et Utique au nord ) et la Marsa n ’ y échappe pas . Au début du 16 e siècle , le souverain Hafside Abû Abd Allâh Muhammad al-Mutawakkil choisit cette localité pour résidence estivale et y fait bâtir trois palais au sein d ’ un parc situé en plein centre . Plus tard , la Abdalliya , un des trois palais , sert de résidence aux consuls d ’ Angleterre avant de devenir la maison des hôtes européens en visite en Tunisie . Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale , le bâtiment servira d ’ école primaire . C ’ est de fait l ’ unique témoignage encore debout sur l ’ architecture civile du bas moyen âge Hafside qui n ’ est pas sans nous rappeler les palais de l ’ Alhambra de Grenade . Nombreuses sont les personnalités qui ont visité la contrée tout au long de l ’ histoire et qui ont en gardé un formidable souvenir . Le diplomate et explorateur d ’ Afrique du Nord natif de Grenade vers 1494 et répondant au nom de Hassan al-Wazzan dit Léon l ’ Africain était par exemple littéralement tombé sous le charme . Ce grand diplomate , négociant et voyageur auquel Amime Mallouf a consacré un livre , présentait La Marsa comme suit : « C ’ est une petite ville ancienne située au bord de la mer où se trouvait le port de Carthage », « habitée par des pécheurs , des cultivateurs et des blanchisseurs de toiles », où « le roi a coutume de passer l ’ été ».
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