La Sultane #62 - Page 50

Le plus dur pour les femmes des quartiers populaires reste le regard des autres , comme le dit Latifa : « je crains toujours que l ’ on me regarde différemment parce que mon mari m ’ a quittée ». Elle a peur pour son fils qui est obsédé par la migration clandestine vers l ’ Europe et qui lui reproche de ne pas vouloir vendre la maison pour financer une traversée , comme beaucoup de jeunes Tunisien . ne . s qui risquent leur vie en Méditerranée . Même si elle a plusieurs fois porté plainte contre son mari pour violences et demandé le divorce , elle admet ne pas avoir les moyens de suivre les plaintes en justice et ne pas comprendre la paperasse juridique . « Je ne sais pas lire , je mets des symboles , comme des papillons , pour reconnaître à qui correspondent les numéros dans mon portable . » SONIA D ’ autres femmes souffrent aussi de ne pas pouvoir fournir les soins à leurs enfants . Sonia , 34 ans , qui vit dans un quartier voisin de Latifa , a un fils en bas âge qui a des maux d ’ estomac depuis sa naissance . Depuis qu ’ elle est mariée , et même avant , Sonia a toujours travaillé : en usine ou en faisant des ménages , pour aider sa famille . Mais désormais , sans le soutien de son mari au chômage , elle a du mal à joindre les deux bouts . « J ’ ai un carnet jaune que j ’ utilise pour permettre à mon fils d ’ avoir accès aux soins mais il y a quand même des dépenses à faire pour les analyses ou pour un scanner par exemple ( 450 dinars ), et ça je ne peux pas . Même pendant ma grossesse , je n ’ ai pas pu aller régulièrement chez le médecin pour faire mes contrôles car je n ’ avais pas de couverture sociale . Quand je suis allée à Tunis au ministère des affaires sociales pour faire part de ma situation , on m ’ a dit à chaque fois de revenir le lendemain . Ils m ’ ont répété cela jusqu ’ à ce que j ’ atteigne mon neuvième mois de grossesse donc je suis allée à Kasserine pour accoucher , sans avoir pu réellement faire un suivi . J ’ ai dû même emprunter de l ’ argent à des gens pour faire les échographies . Actuellement , mon fils a de la fièvre et je n ’ ose pas l ’ emmener à l ’ hôpital à cause des risques de transmission du COVID-19 . »

“ Parfois , des associations nous aident mais , le problème , c ’ est que nous sommes dans un cycle de pauvreté . Je ne peux n ’ y aller chez mes beaux-parents ni chez mes parents car leur situation est pire que la mienne .

Bureau de médecins du monde- Tunisie
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