La Sultane #62 - Page 49

ZOUBEIDA Face à sa situation économique difficile , Zoubeida , 43 ans , habitante de Ouled Benjah près de Semmama à Kasserine , a rejoint cette année une coopérative de femmes qui , via des formations , tente d ’ extraire l ’ huile de figue de barbarie et d ’ exploiter les ressources de ce fruit , très répandu dans la région . Pour cette mère de quatre enfants , travailler est une nécessité pour pouvoir payer les soins de son fils qui a une maladie chronique . « Je dois souvent l ’ emmener faire des analyses et des contrôles à Sousse ( près de 200 km ), il a des problèmes au cœur . Je fais tous les métiers pour payer ses soins : j ’ ai travaillé comme ouvrière agricole dans les vergers de pommiers , comme femme de ménage dans un hammam . J ’ ai une carte de handicap pour mon fils de huit ans et aussi le carnet blanc pour la gratuité des soins , mais ce qui nous coûte le plus cher , c ’ est le transport . Il faut faire tellement de route pour trouver un spécialiste . Ici , personne ne vient nous voir ou s ’ occuper de nous donc cela fait longtemps que nous avons appris à nous débrouiller tout seul . » LATIFA À Sbeitla , les majestueuses ruines du site archéologique cachent à peine les difficultés des habitants . e .. Les rares échoppes touristiques sont vides , la plupart des maisons en briques sont encore en construction car peu de familles ont les moyens de finir les travaux . C ’ est dans un quartier populaire de la ville que Latifa , 44 ans , s ’ est confiée . Au milieu de sa maison inachevée où elle n ’ a que quelques matelas au sol et une ampoule au plafond , elle raconte son histoire , faite de déception amoureuse mais aussi entravée par le cercle vicieux de la pauvreté . Malgré une maladie chronique , elle peut difficilement avoir accès aux soins et son incapacité à travailler , à cause de sa maladie , rend sa situation encore plus précaire . Elle a été abandonnée par son mari avec deux enfants à charge et ne reçoit que les 180 dinars ( 55 euros ) d ’ aides sociales par mois , à peine de quoi payer les factures . « Pour aller à l ’ hôpital , je vais à celui de Sbeïtla à pied en général , parce que je ne peux pas payer le transport . Mais ça me fatigue beaucoup . Lorsque j ’ ai eu le COVID-19 il y a deux mois , je ne suis pas allée chez le médecin parce que je n ’ avais pas d ’ argent . J ’ ai vu que ma voisine qui avait été contaminée avait dû dépenser près de 450 dinars en médicaments donc moi , j ’ ai juste utilisé des infusions d ’ eucalyptus . J ’ ai eu beaucoup de maux de tête et je me suis isolée pour éviter de contaminer les autres . » Elle ne paye les médicaments que pour sa maladie chronique et le reste de sa santé passe au second plan . « Je n ’ ai pas accès à des soins pour des problèmes plus intimes . Il n ’ y a pas de gynécologue et , au dispensaire , on ne parle pas de ça . Par exemple , un jour , j ’ ai eu des démangeaisons dans un endroit intime et je ne pouvais pas aller chez le médecin . A l ’ hôpital , il n ’ y a pas de médecin spécialisé dans ce domaine . »
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NUMÉRO # 62