La Sultane #62 - Page 47

adoptée pour mieux réguler et équiper les transports de ces ouvrières agricoles mais la société civile continue de dénoncer son manque d ’ application . Sur le plan de la santé , beaucoup des femmes rencontrées se plaignent de problèmes physiques dus au labeur , une exposition constante aux pesticides et une difficulté à se faire soigner du fait de l ’ absence de couverture sociale par leur employeur . La plupart parle de leurs problèmes de santé sans forcément connaître le nom de la maladie ou le diagnostic . Elles supportent la douleur physique ou les maux psychologiques comme des dommages collatéraux de leur travail , ne pouvant pas se permettre un jour de congé . Rania , une travailleuse agricole de 49 ans rencontrée dans un champ à Regueb , raconte son quotidien . « Je travaille dans les champs , mon père m ’ a forcée à arrêter l ’ école à la fin du primaire car il n ’ avait plus les moyens et il a dit que ce n ’ était pas la peine , que seuls les garçons peuvent continuer . Ma vie est simple : si je travaille , je mange et je fais manger ma famille . Si je ne travaille pas , personne ne mange . Le problème , c ’ est que j ’ ai des gros problèmes de reins donc c ’ est difficile pour moi de travailler . Je travaille tous les jours sinon , qu ’ il fasse froid , qu ’ il fasse chaud , qu ’ il y ait ou non du vent ( le sirocco ). Nous montons dans des camions remplis de femmes comme nous et nous restons debout tout le trajet , nous levons des cagettes de fruits ou nous utilisons des pelles pour remuer la terre , tout est difficile dans notre travail . On m ’ a dit que ma maladie aux reins était due à l ’ exposition aux pesticides et aussi au fait que je me penche sans arrêt dans le travail . Quand j ’ ai un peu d ’ argent , je vais voir un médecin sinon j ’ attends juste que dieu m ’ aide à guérir . » NOURHENE Selon la carte de la pauvreté en Tunisie élaborée en 2020 par l ’ Institut National de la Statistique ( INS ), la région du Centre-Ouest où se trouve le gouvernorat de Sidi Bouzid , berceau de la révolution tunisienne , est l ’ une des plus pauvres du pays , avec un taux de pauvreté de 23,1 % alors que la moyenne nationale avoisine les 15 %. Sidi Bouzid , comme Jendouba et Kasserine , fait aussi partie des gouvernorats avec une grande disparité d ’ accès aux soins ; les indicateurs de santé maternelle et infantiles y sont inférieurs à la moyenne nationale selon les données de l ’ UNICEF . Mais les problèmes d ’ accès à la santé dans la région ne sont pas toujours liés à l ’ aspect logistique ou financier , ils peuvent aussi être causés par des problèmes complexes de mentalités patriarcales dans les régions rurales et , plus généralement , des discriminations basées sur le genre . Nourhene Akrout , mère de trois enfants et habitante de Regueb , une ville à 40 kilomètres de Sidi Bouzid , a été victime d ’ une discrimination basée sur le genre lors d ’ un traitement médical à la suite d ’ une violence conjugale qu ’ elle a subie . « Un jour , j ’ ai été violentée par mon mari et je me suis rendue au poste de police pour porter plainte . Ils m ’ ont aidée à laver mon
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NUMÉRO # 62