La Sultane #62 - Page 46

« Je ne prends pas des moyens de contraception , je le faisais avant mais ça me donnait mal à la tête , donc je surveille le calendrier de mes règles pour les rapports avec mon mari . A un moment , je ne regardais plus car je voulais avoir un second enfant mais mon médecin m ’ a dit que j ’ avais peu de chances d ’ enfanter à nouveau car mon corps est trop fatigué par le travail de labour que je fais au quotidien . » RANIA Dans le pays , les ouvrières agricoles représentent plus de 70 % de la main d ’ œuvre du secteur de l ’ agriculture selon les chiffres du Bureau d ’ Appui à la Femme Rurale ( BAFR ). Souvent moins bien payées que les hommes , elles touchent des salaires entre 10 et 15 dinars la journée , selon l ’ étude de l ’ ATFD en 2014 . La majorité d ’ entre elles n ’ ont aucun statut professionnel ni accès à une couverture sociale et beaucoup subissent des violences physiques et économiques du fait de la dureté de leur métier .

“ Je me sens en colère tout le temps . Je pense que les femmes doivent chercher la justice et protéger leurs enfants de cette violence . Les enfants n ’ oublient pas la violence dont ils sont témoins et cela peut avoir un impact aussi sur leur développement personnel . Mon fils , lorsque mon mari me crie dessus , il dit : « ne lui fais pas ça , elle est malade ! », mais ça me rend triste qu ’ il assiste à tout ça . Je me suis même rendu compte qu ’ il parle de nos disputes à ses camarades de classe , je vois que ça l ’ affecte beaucoup . Je pense que nous ne devons pas sous-estimer la santé mentale de nos enfants . S ’ ils sont témoins de la violence , ils peuvent aussi la reproduire plus tard .

Selon l ’ étude menée en 2020 dans le gouvernorat de Kairouan par l ’ Agence de la Démocratie Locale , à quelques kilomètres de Sidi Bouzid , sur près de 600 travailleuses agricoles , plus de 71 % disent ne pas avoir de couverture sociale , et plus de 60 % ont connu au moins une violence physique ou verbale . Le quart de la production agricole du pays provient de la région fertile de Sidi Bouzid mais la majorité des femmes qui fournissent l ’ effort de cette récolte est exploitée . Leur quotidien est risqué avec la menace des accidents de la route dans les transports qu ’ elles utilisent pour aller sur leur lieu de travail : des pickups qui ramassent jusqu ’ à une vingtaine de femmes , entassées et forcées de rester debout pendant le trajet . En 2019 , l ’ ONG Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux ( FTDES ) dénombre une quarantaine de femmes mortes , dû à des accidents de la route , et près de 500 blessées . Après plusieurs tragédies , la loi n ° 51 de 2019 a été
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