La Sultane #62 - Page 45

mais par contre je ne suis pas remboursée pour les médicaments . » Monjia se bat comme elle peut pour aider les femmes à avoir de meilleurs soins , ou de meilleures informations . Elle a produit bénévolement près de 5000 masques avec d ’ autres couturières pendant la période COVID-19 . Elle participe aussi activement à des campagnes de sensibilisation pour la contraception ou le respect du protocole sanitaire . « J ’ essaye de faire bouger les choses , je lis beaucoup sur nos droits , sur la loi contre les violences envers les femmes ( la loi 58 a été votée par le parlement tunisien en 2017 ). Pour moi , la seule solution , c ’ est l ’ indépendance économique de la femme , il n ’ y a que ça qui lui garantisse de pouvoir ensuite s ’ assurer une meilleure vie . » Sidi Bouzid
FATEN Faten travaille avec Rania , pour aider son mari qui fait du transport de marchandises entre l ’ Algérie et la Tunisie . Avec la pandémie et la fermeture des frontières , il n ’ a pas pu continuer son travail et Faten doit aussi subvenir aux besoins de sa famille . Elle ne veut pas que sa fille subisse le même sort qu ’ elle . « Je risque même ma vie pour ça , en allant au travail dans des camions remplis de femmes

“ Le fait de désherber et de passer toute la journée penchée avec une pelle à enlever de l ’ herbe est très difficile , j ’ ai très mal aux hanches , je rentre souvent épuisée chez moi .

comme moi , avec des risques d ’ accident . Les chauffeurs prennent en général des routes pour éviter les checkpoints de la garde nationale ou s ’ informent entre eux pour savoir où sont les contrôles . Si jamais ils se font attraper , ils donnent souvent des pots-de-vin . Pour moi le vrai problème , ce sont les employeurs , pourquoi est-ce qu ’ ils ne nous trouvent pas un moyen de transport plus sécurisé ? Je pense qu ’ ils ne veulent pas dépenser d ’ argent . Nous ne pouvons pas vraiment parler à voix haute de cela ou nous organiser en faisant une grève par exemple parce qu ’ en fait , si l ’ on ne vient pas , d ’ autres prendront notre place . L ’ employeur s ’ en fiche , il peut ramener un autre camion de femmes , le lendemain . » Comme d ’ autres , pour sa santé , elle va consulter dans le privé quand elle peut , ne faisant pas confiance au système public . « En tout , avec mon accouchement et le suivi de ma grossesse , nous avons déboursé près de 2000 dinars parce que nous refusions d ’ aller à l ’ hôpital , à cause du problème d ’ infrastructure dans la région . En général , le fait d ’ aller chez un gynécologue , l ’ essence etc …, cela peut revenir facilement à 200 dinars en une journée . »
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NUMÉRO # 62