La Sultane #62 - Page 44

qui suffit à peine pour couvrir les frais de la maison . Donc lorsque je vois que nous avons peu d ’ argent , j ’ évite de demander à aller chez le médecin . Le patron de mon père ne paye pas la CNSS ( Caisse Nationale de Sécurité Sociale ) régulièrement , donc parfois , nous ne sommes pas couverts . Le dispensaire local est supposé nous donner des médicaments gratuitement mais ce n ’ est jamais le cas . » Elle n ’ est pas la seule à connaître des problèmes ; dans son village , l ’ accès à la santé est considéré comme un luxe . « L ’ autre problème pour une mère de famille c ’ est que dès qu ’ elle doit aller chez le médecin , elle pense avant tout au transport , à son budget , à la possibilité ou non de confier ses enfants à quelqu ’ un car le trajet peut lui prendre du temps . Parfois , il faut aller à Tabarka pour trouver un médecin ou à Tunis pour un spécialiste . Quand nous venons à l ’ hôpital chercher un médicament , la pharmacie de l ’ hôpital est souvent en rupture de stock . Il faut alors se rendre dans une pharmacie privée et payer plus cher . Ces femmes n ’ ont pas les moyens donc elles doivent attendre de mettre de l ’ argent de côté et , ensuite , cela peut avoir des effets néfastes sur leur maladie qui empire . » MONJIA Montaha utilise les débats de sa radio lycéenne pour mieux sensibiliser ses camarades aux problèmes de son village . Tout comme Monjia , 54 ans , elle a dû prendre le chemin de l ’ école à pied , faisant jusqu ’ à 8 kilomètres par jour pour aller étudier , faute de transport . Dans son petit atelier de couture , au centre de Fernana , Monjia rajuste ses lunettes sur son nez . Elle fignole les dernières finitions d ’ une robe . Divorcée de son mari à cause de violences conjugales , Monjia veut montrer la voie de l ’ indépendance économique à ses enfants mais aussi à d ’ autres jeunes filles qu ’ elle forme à la couture , pour leur permettre une

“ J ’ ai tout que misé mon sur père m ’ a l ’ apprentissage retirée de de l ’ école la couture . faute de moyen de transport pour y accéder . Ce métier m ’ a permis de payer les études de mes enfants et de les envoyer même à l ’ université .

“ autonomie financière si jamais elles ne peuvent pas finir leurs études . Mais pour elle , la santé est aussi une question d ’ argent . « Moi je suis considérée comme une artisane par l ’ Etat mais je n ’ ai pas de sécurité sociale car je n ’ ai pas encore un statut professionnel clair et ma patente ne me permet pas d ’ accéder à un régime de cotisations . J ’ ai seulement le carnet jaune pour aller à l ’ hôpital . Je paye par exemple deux dinars pour une consultation médicale

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